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HOMELIE PÂQUES 2021

Homélie de Pâques 2021

            Dans ces jours de la Passion, quelques paroles ont arrêté mon attention… Plutôt « animé « mon attention.
            Tous d’abord, cette fameuse sentence qui n’a pas attendu le matin de Pâques pour être prononcée : « Tout est accompli ». Mais aussi cette particulière « attente silencieuse » du samedi Saint pendant laquelle « viennent résonner bien des interrogations ».

            Une existence qui s’accomplit sur une croix. : quel accomplissement !
            Une œuvre de création qui s’achève dans les larmes et le sang !
            Le temps du repos est alors bienvenu : ce fut le 7ème jour…

Paradoxe de l’œuvre de Dieu en Jésus-Christ où tout semble vain.
            Paradoxe de la vie humaine, où tant d’aspirations au bonheur se font entendre au cours des siècles ; et où l’anéantissement du mal revient sans cesse, comme le flot des vagues venant manger les fondations de nos châteaux de sable.
            Paradoxe de ce 7ème jour, où pourtant semble poindre comme un refrain d’espérance : « Et Dieu vit que cela était bon ».

            Comment pourrions-nous comprendre ce mystère que nous appelons la résurrection, nous qui sommes englués dans les ténèbres, et du péché, et de notre finitude trop éloignée de la lumière ? Comment pourrions-nous le comprendre ?

            Marie elle-même n’aura cessé d’interroger : « Comment cela va-t-il se faire ? »
Nous entendons son étonnement ; laissons aussi résonner sa réponse et son conseil :
            « Tout ce qu’il vous dira, faites-le ».

            Ainsi donc, ce qui nous permet de comprendre la « Pâque Nouvelle », ce qui nous permet d’accueillir « l’Alliance Nouvelle » scellée dans le sang du Christ, c’est un acte de Foi.
La Résurrection n’est pas une happy end, avec feu d’artifice, flonflons et ivresses de surface. Car c’est de nuit et dans le silence que tout cela s’accomplit.

            Obscurité toute intérieur du consentement de Marie.
                        Obscurité bien froide du tombeau.

Dans le sein de la terre est enfoui la Création Nouvelle. Le grain de blé est tombé en terre.

            L’Amour de Dieu est descendu au plus profond.
Le long et secret processus de la germination peut commencer et se perpétrer dans ce terrain si intime et si personnel du cœur de chaque être humain.

La résurrection du Christ n’est pas de l’ordre du tonnerre, de l’évidence tonitruante.
La résurrection du Christ est là, présente, et discrète :
            « Je me tiens à la porte et je frappe » murmure-t-il a l’âme de chacun de ses frères, chacune de ses sœurs.

            « Si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte j’entrerai chez lui, je prendrai mon repas avec lui, et lui avec moi ».

            La Résurrection, c’est accueillir l’Amour du Père à notre table, accueillir le fruit de cet Amour dans notre quotidien, tel des disciples d’Emmaüs, alors que le jour baisse.
            Dans les nuits de notre humanité, le germe est présent ; cette seule force capable de victoire qu’est l’Amour de Dieu, se donnant, se redonnant sans compter, qui pardonne sans se lasser.

            Bien sûr, la pierre de nos tombeaux nous impressionne !
La si lourde pierre de notre culpabilité ; celle non moins imposante de nos culpabilisations ; celle insurmontable de tant de blessures, encaissées sans défense ; d’injustices affligeantes, déshonorantes. Qui pourrait faire bouger tout cela ? Qui peut être sauvé ?

            « Celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra. Quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais ». Croyez-vous cela, frères et sœurs ? nous le redirons ensemble, tout à l’heure


            Oui, tout nous est donné en « ce Jour que fait le Seigneur », ce 8ème jour qu’est le jour de la Pâques ! Entrons donc de plain-pied dans le Jour de Dieu.
Il est là, à la porte de la Foi ; Il se propose à chaque instant du chemin, à chacun des jours ou des nuits de notre existence. Et notre acte de foi, sincère et profond, ouvrira la vanne des fleuves d’eau vive jaillissant du cœur du Christ.

            Pour être de celles et ceux qui œuvrent dans la Création Nouvelle, pour être ces artisans du Royaume selon le cœur de Dieu, il y a cet acte d’humilité, de simplicité, apparemment si simple…

            Convoquons encore Marie en ce petit matin de Pâques : elle en a le secret :
            « Voici la servante du seigneur. Que tout m’avienne selon ta Parole ».

            Marie peut nous aider à accueillir la Résurrection, elle qui n’a cessé d’accueillir à chaque instant la Présence de son Seigneur.
            Elle, notre Mère, notre Sœur, peut nous apprendre à prononcer cet acte de Foi, et à entrer dans ce Jour que fit le Seigneur, Jour de Joie, de Consolation, jour d’Espérance sans limite.

JMB

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VIVRE OU SURVIVRE

Vivre ou survivre ?

« Depuis que le virus tue, on nous répète comme une leçon universelle que la vie est le bien le plus précieux et qu’il faut la protéger, quoi qu’il en coûte. Quoi qu’il en coûte ? Ce discours semble ne souffrir aucune contradiction ni tolérer la moindre nuance. Et pourtant… Comment ne pas voir que vivre ne consiste pas seulement à rester en vie ? D’où vient ce manque de profondeur, cette perte de perspective, cette cécité qui frappe notre monde ? Comment avons-nous laissé se dégrader nos vies au point de les confondre avec notre seule survie ?

Survivre quoi qu’il en coûte ? Mais quelle est donc cette vie pour laquelle nous serions prêts à consentir à tous les sacrifices ? Quelle est cette mort qui nous terrifie au point de lui livrer en pâture notre vie sociale, nos visages désormais masqués, nos anciens abandonnés dans leur solitude, nos embrassades interdites et jusqu’à nos mains qui ne peuvent plus se serrer ? Sommes-nous donc prêts à tout, y compris à cesser de vivre, pour ne pas mourir ? Cesser de vivre pour ne pas mourir… L’étrangeté de ces mots et l’absurdité vers laquelle ils nous précipitent !

Survivre quoi qu’il en coûte ? Mais à l’évidence, il ne suffit pas de rester en vie pour être vivant. Et nous savons bien ce qu’est le naufrage d’une existence qui ne sait rien faire d’autre que s’agripper à elle-même.

Survivre quoi qu’il en coûte ? L’erreur grossière consiste à penser que la vie serait un capital que nous aurions reçu au commencement et qu’il s’agirait de défendre contre toutes les attaques extérieures. Un capital voué inexorablement à fondre, au fil des ans, comme banquise au soleil. Car la mort surviendra tôt ou tard. Sommes-nous donc condamnés à vivre comme une armée battant en retraite ? Jusqu’à l’inévitable défaite… Est-ce cela vivre ?

Survivre quoi qu’il en coûte ? Bien sûr, il nous faut lutter contre ce virus et protéger notre santé comme on protège la banquise de son effondrement. Mais protéger la vie, c’est autre chose ! La vie n’est pas un capital à défendre mais un horizon à atteindre. Elle n’est pas une bouée à laquelle on s’agrippe mais un trésor qu’il nous faut trouver. Vivant, il ne s’agit pas de le rester mais plutôt de le devenir ! Et nous ne sommes encore qu’imparfaitement vivants. Bien souvent, nous vivons dans le seul but de ne pas mourir. Ce n’est pas cela vivre…

Mais vivre !
Et tenir la main du vieillard jusqu’à son dernier souffle ; sentir que ces minutes-là sont plus précieuses que la plus scientifique des immunités. Vivre et ne pas concéder le moindre compromis quand il s’agit de rester humains. Jusqu’au bout. Quoi qu’il en coûte…

Vivre !
Et ne pas se plier aux menaces des violents. Savoir que la mort est toujours un risque mais qu’il y a plus grave que mourir : c’est de ne pas oser vivre. Vivre et ne pas avoir peur de risquer sa vie. Quoi qu’il en coûte…

Vivre !
Et ne plus savoir compter, calculer, mesurer, comparer, produire ; mais apprendre à s’émerveiller, chanter, offrir, jouer, contempler. Donner plus d’importance à ce qui ne sert à rien : au jeu de l’enfant, au silence dans le vent du soir et aux fleurs qui ne savent même pas qu’elles sont belles. Quoi qu’il en coûte…

Vivre !
Et accueillir notre fragilité comme une chance. En avoir fini avec l’angoisse de ne pas être tout, de ne pas pouvoir tout. Ne plus avoir à se prouver que l’on mérite de vivre. Ne plus avoir à mériter. Mais vivre simplement. Quoi qu’il en coûte…

Vivre !
Et ne plus regarder le temps qui passe comme l’horloge implacable qui m’attend ou le sablier qui dévide mes heures. Mais accueillir le temps comme un ami qui joue dans mon camp. Et qui me bonifie comme les années rendent bon le vieux vin. Vivre et ne plus avoir peur de vieillir, de se rider, de se courber et de faiblir. Quoi qu’il en coûte…

C’est cela vivre. C’est cette vie-là qu’il nous faut défendre, quoi qu’il en coûte. Quitte à en mourir… Mourir sans doute, mais mourir vivants !

Vivre et ne plus avoir peur de mourir.
Vivre et ne plus avoir peur de vivre. Enfin ! »

« Qui cherchera à garder sa vie la perdra. Et qui la perdra, la trouvera » Luc 17,33

Père Christian Cherel

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MÉDITATION

IX

§ IX – Mercredi 30 décembre : 9ème Méditation du Jean-Marie Dezon

Marc Chagall

VIII

§ VIII Mercredi 23 décembre : 8ème Méditation du Père Jean-Marie Dezon

Marie rend visite à Elisabeth – détail – par le peintre Marx Reichlich en 1511

VII

§ VII – Mercredi 16 décembre : 7ème Méditation du Père Jean-Marie Dezon

Un ange rend visite au prophète Isaïe – Antonio Balestra XVIIIe siècle

VI

§ VI – Mercredi 9 décembre : 6ème Méditation du Père Jean-Marie Dezon

Oraison – Archabas

V

§ V – Mercredi 2 décembre : 5ème Méditation du Père Jean-Marie Dezon

La tentation de Jésus dans le désert. Aquarelle et gouache de James Tissot (1836-1902)
Le Christ priant au désert

IV

§ IV – Mercredi 25 novembre : 4ème Méditation du Père Jean-Marie Dezon

Prier avec tout son être par le peintre Benn

III

§ III – Mercredi 18 novembre : 3ème Méditation du Père Jean-Marie Dezon

David dictant les psaumes sous l’inspiration divine – Henri Triqueti 1803-1874

II

§ II – Mercredi 11 novembre : 2ème Méditation du Père Jean-Marie Dezon

I

§ I – Mercredi 4 novembre : 1ère Méditation du Père Jean-Marie Dezon

Trinité au chêne de Mambré – Chagall
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HOMÉLIE 22 NOV 2020

Homélie du dimanche 22 novembre 2020 Père Thierry Sauzay

Nous fêtons aujourd’hui le Christ Roi. Le Christ Jésus est bien roi en effet, mais nous le savons bien sa royauté n’est pas de ce monde. Jésus est bien roi, mais il n’est pas roi à la façon du monde. Il n’est pas roi à la façon des hommes, il ne cherche pas à attirer à lui une gloriole bien trop humaine. Tant de fois dans l’Evangile, il s’extrait vigoureusement des images que les hommes veulent trop vite projeter sur lui. Les textes d’aujourd’hui viennent non seulement confirmer cela, mais aussi éclairer ce que c’est qu’être roi au yeux de Dieu. Être roi, c’est être comme un berger qui prend soin de ses brebis, qui veille sur elles, les ramène quand elles se perdent, les guérit quand elles se blessent. Ce n’est pas pour rien que, dès le début de la royauté en Israël, Dieu avait choisi un jeune berger, David. A cette occasion déjà, il avait signifié au prophète Samuel, qu’il ne fallait pas regarder comme les hommes, que Dieu, lui, regarde le cœur. La royauté de Jésus est une royauté d’amour et de service. Le plus grand dans ce royaume, ce n’est pas celui qui a le plus d’argent, ce n’est pas celui qui a le plus de pouvoir ou d’influence, ou le plus de qualités, le plus grand, c’est celui qui, par amour, se fait serviteur.

La fin de la première lecture et l’évangile nous montrent aussi que dans ce royaume, il y a un jugement. C’est inévitable, car on ne peut faire partie de ce royaume sans s’en imprégner, sans en vivre. Les critères de ce jugement sont finalement assez simples: donner à manger, à boire, accueillir l’étranger, vêtir, rendre visite, tous les actes de miséricorde, de charité, de fraternité. Prendre soin du prochain. Nous serons jugés sur l’amour, disait mère Thérésa. Mais comme souvent avec les paraboles de Jésus, il est bon d’entrer un peu plus dans les détails. Ce qui est très frappant dans cette parabole, c’est l’attitude aussi bien des brebis que des boucs. Aux brebis, Jésus révèle le bien qu’elles ont fait dans leur vie, et elles en sont comme toutes étonnées: “quand est-ce que nous t’avons vu ? Quand sommes-nous venu jusqu’à toi ?”. Il y a une profonde humilité de ces brebis, car le bien qu’elles ont fait, elles ne l’ont pas engrangé pour elles-mêmes. Elles ont simplement mis la charité dans leur vie, se décentrant de leur propre existence.

Les boucs sont vraiment dans une attitude totalement contraire. On aurait pu, d’ailleurs imaginer une autre réponse de leur part, une autre suite dans la parabole. Entendant le jugement du roi, ils auraient pu ouvrir leur cœur, reconnaître cette lumière sur leur vie, et demander pardon. Mais non, ils sont surpris comme les brebis, mais cette surprise révèle en fait chez les boucs une suffisance, une fermeture du cœur, une prétention à toujours avoir été parfait: “Seigneur quand t’avons-nous vu, sans nous mettre à ton service ?”. Sous-entendu, nous l’avons toujours été ! Il y a chez ces boucs un refus manifeste de la miséricorde, refus d’exercer la miséricorde envers les autres, et refus de l’accueillir pour eux-mêmes, refus d’entre dans ce décentrement qu’est la charité.

Alors il nous est sans doute bon de recevoir ces textes, en ce temps d’épreuve et d’épidémie. Parce qu’ils nous recentrent sur l’essentiel. A l’image du Christ Roi soyons, nous aussi, de bons bergers les uns pour les autres.

Thierry Sauzay

Christ Pantocrator – Cathédrale de Cefalu en Sicile
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HOMÉLIE 15 NOV 2020

Homélie du Père Jean-Marie Dezon – Dimanche 15 novembre 2020

Les lectures de ce dimanche veulent nous stimuler dans notre attente du Seigneur ; les derniers dimanches du temps ordinaire rejoignent et préparent le temps de l’Avent. Dès lors, sans tarder, la parole de Dieu nous invite à la vigilance active, tout d’abord parce que, comme le rappelle Saint Paul dans sa lettre aux Thessaloniciens : « nous ne savons pas la date de cette venue du Christ en Gloire. »

Mais d’ailleurs, au sujet de la venue du Seigneur, écrit Saint-Paul, il n’est pas nécessaire qu’on vous parle de délai ou de date. Ce qui importe vraiment, ce n’est pas de savoir quand le Seigneur viendra, mais de pouvoir le reconnaître et le recevoir déjà présent, vivifiant, appelant, et de savoir si nous sommes prêts à l’accueillir, si nous sommes là, en tenue de service. Dès lors, l’apôtre peut nous exhorter : « Ne restons pas endormis comme les autres mais soyons vigilants, et restons sobres. »

A travers la parabole dite des talents, l’évangéliste Matthieu veut sans doute nous montrer qu’il y a différentes manières de garder au cœur la mémoire du Seigneur : Une qui paralyse – la peur et la crainte –, et une autre qui libère les énergies – la confiance.  Si nous gardons au cœur la mémoire du Seigneur, c’est la pensée de sa miséricorde pour tous et pour chacun qui doit résonner en nous. Si nous marchons résolument sur la terre de l’Evangile, c’est un espace ouvert à notre liberté et à notre responsabilité pour faire fructifier nos dons, pour reconnaître en Dieu la vie qui se donne, pour recevoir toute bénédiction et tout appel venant de Lui.

Dans cette parabole de Matthieu que nous connaissons bien, l’attitude du troisième serviteur devrait pouvoir nous peiner, ou aussi nous interpeler positivement. Au lieu de faire confiance au Seigneur qui lui a fait un don, voici que ce serviteur se défie de lui ; Il en a peur et ne voulant courir aucun risque, il n’entreprend rien pour faire fructifier le talent confié. La peur et le manque de confiance rompent la relation d’amour initiée par le Seigneur. Ainsi peur, manque de confiance détruisent la relation amicale avec le Seigneur qui n’est plus pour ce serviteur qu’un maître exigeant.

Le Seigneur confie à tous au moins un talent, celui de son amour offert auquel nous répondons d’abord par la confiance qui nous ouvre à la relation, à la joie, à la paix. Demandons au Seigneur la grâce de pouvoir faire fructifier ce talent : l’amour de Dieu répandu dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné. N’enterrons pas ce talent pour que puisse se développer en nous des trésors de charité et de communion avec nos frères les hommes, des trésors de patience et de douceur, trésor de fidèle espérance, trésor d’évangile, trésor d’humilité, trésor de béatitude, trésor de contemplation. Accueillons ce talent et laissons Dieu nous aider à le faire fructifier. Plus il fructifiera et plus nous aurons à rendre grâce. Plus nous rendrons grâce et plus il fructifiera.  

Père Jean-Marie Dezon

La parabole des talents – Rembrandt
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HOMÉLIE 8 NOV 2020

Homélie du Père Jean-Michel Bardet dimanche 8 novembre 2020

Lorsque nous contemplons, lorsque nous projetons notre regard sur le monde, nous constatons bien malheureusement et bien tristement le manque de sagesse dans bien et bien des domaines !

Sagesse humaine, sagesse divine : voici bien les thèmes que nous pourrions retenir de ces textes liturgiques ce dimanche 8 novembre.

Tout d’abord, en écoutant cet évangile et cette parabole des dix jeunes filles, nous butons assez communément sur la conclusion : elle nous paraît si dur, si difficile à entendre, nous qui aimons déjà reconnaitre dans la figure de l’Epoux un Dieu Bon et Miséricordieux ; nous qui sommes si rapidement enclin à vouloir réconcilier le monde, ou en tout cas à en avoir le désir…  (Parce que, pour ce qui est des actes, nous savons bien nos limites, nos faiblesses… et nos résistances.)

Oui, ne nous scandalisons pas trop vite de la fermeté de l’Epoux repoussant les jeunes filles insouciantes. Une fable de La Fontaine nous aide d’ailleurs à mieux l’entendre : non pas celle du corbeau et du renard, mais bien sûr celle du lièvre et de la tortue.

Il est des choses que nous ne rattraperons jamais, ne nous berçons pas d’illusion ! Et si le pape François insiste tant sur l’urgence de prendre soin de la Maison Commune, de la création comme il aime à la nommer, c’est bien qu’à un certain moment, les éléments et les faits sont irréversibles. Pensez donc à l’insulte lâchée violemment à la figure d’un ami, d’un parent : combien de générations vont devoir s’écouler avant que la paix puisse au moins être entrevue entre des êtres divisées. N’est-ce pas la même chose entre peuples et nations ?

Nous comprendrons également mieux l’insistance de l’Ecriture, en particulier dans cette première lecture, quant à demander la Sagesse : elle est à désirer, dès l’aurore, à tout moment. Elle se tient là, à notre porte, prête à s’offrir à homme qui la recherche.

Sagesse humaine, Sagesse divine : l’une ne saurait aller sans l’autre ; elles sont ensemble gardiennes du bonheur de l’homme.

Reconsidérons maintenant Saint-Paul ; il nous dit : « frères, nous ne voulons pas vous laisser dans l’ignorance au sujet de ceux qui dorment dans la mort, comme ceux qui n’ont pas d’espérance. »

Pourquoi juxtaposer sagesse et annonce de la résurrection ? Parce qu’il y a la même promesse de vie, et de vie en abondance ! Chercher à accueillir la Sagesse, c’est avancer déjà en enfant de lumière, en fils de la Résurrection ; c’est en tout cas entretenir cette Foi, La Foi, telle une lampe que l’on alimente en prenant soin de ne pas la laisser s’éteindre.

Soyons donc vigilants ! Ne laissons pas notre conscience et notre intelligence à l’écart de la Sagesse et de son rayonnement : c’est notre humanité personnelle, et communautaire, qui sont en jeu.

Et si, bien malheureusement, nous faisons tous l’expérience terrible de nous retrouver démunis, avec une lampe éteinte, rappelons-nous alors comment agit la Sagesse de Dieu :

Elle a pris figure, elle est si familière.

Elle apparaît avec un visage bienveillant, celui de Jésus, celui du Christ, Sagesse de Dieu à nos côtés.

Et si la sagesse humaine, celle de La Fontaine par exemple, nous rappelle que bien souvent « rien ne sert de courir, il faut partir à point », souvenons-nous que le Christ a déjà fait la course en tête, et qu’il a « dépassé » toutes nos épreuves.

Raison de plus, non seulement de Le désirer dès l’aube pour qu’Il soit au plus proche de notre cœur ; mais aussi, avec humilité, raison de plus de nous en remettre à Lui lorsque nous désespérons, et de nous-mêmes, et des autres : Il est Lumière Eternelle ; en Lui, point de ténèbres ; avec Lui l’obscurité n’a plus d’avenir.

Jean-Michel Bardet, Curé

Les vierges sages et les vierges folles – Cathédrale de Rossano
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HOMÉLIES PAROISSIALES

HOMÉLIE DU DIMANCHE 22 NOVEMBRE – PÈRE THIERRY SAUZAY (CLIC POUR LIRE LE TEXTE ÉCRIT)

Christ Pantocrator – Cathédrale de Cefalu en Sicile
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HOMÉLIE DU DIMANCHE 15 NOVEMBRE – PÈRE JEAN-MARIE DEZON (CLIC POUR LIRE LE TEXTE ECRIT)

La parabole des talents – Rembrandt

HOMÉLIE DU DIMANCHE 8 NOVEMBRE – PÈRE JEAN-MICHEL BARDET (CLIC POUR LIRE LE TEXTE ÉCRIT)

Les vierges sages et les vierges folles – Cathédrale de Rossano

Première publication le dimanche 8 novembre 2020

Par suite des annonces du gouvernement sur les mesures sanitaires du 30 octobre 2020 :
– A partir du mardi 3 novembre, les messes ne seront plus accessibles physiquement à l’Assemblée jusqu’à nouvelles dispositions. Vous pourrez continuer à confier aux prêtres des intentions de prières, soit par le site de la paroisse, soit directement sur leurs répondeurs téléphoniques, ou mails et courriers.
– Seront maintenues les célébrations d’obsèques dans les églises : l’Assemblée sera limitée à 30 personnes.
– Les rencontres de « formation et d’échange » planifiées en paroisse sont reportées. Des modalités de participation seront proposées via internet, pour nourrir notre Foi, notre Charité… et notre Espérance !
– Les services de renseignements et/ou administratifs de la maison paroissiale seront assurés au-besoin sur rendez-vous :

Téléphone : 04 92 20 04 10 
Ou 07 78 24 39 64 pour les situations d’urgence
Mail : paroissedebriancon@orange.fr
Blog : http://egliseenbrianconnais.net

– Vous pourrez continuer à confier des intentions de prières : soit par le site de la paroisse, soit directement sur les répondeurs téléphoniques, soit par mails et courriers.

– Messes dans les médias : Messe dominicale en direct du sanctuaire de Notre Dame du Laus dimanche à 10h30 sur DICI TV.
– Messe quotidienne retransmise par la chaîne YouTube (lien sur le site du diocèse https://www.diocesedegap.fr/)

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MOOC DE LA MESSE

Le MOOC de la Messe : formation digitale gratuite sur la messe 

6 semaines pour mieux comprendre et mieux vivre la messe.
I/ Dieu nous invite pour se donner à nous.
Semaine 1 : Heureux les invités !
Semaine 2 : Le Christ nous donne sa vie et son corps pour notre salut

II/ L’accueillir et participer à son sacrifice.
Semaine 3 : Accueillir le Seigneur de tout son cœur
Semaine 4 : Participer à son offrande par le don de nous-même

III/ Renouvelés et transformés par le Christ pour la mission.
Semaine 5 : La communion au Christ source de la communauté
Semaine 6 : Pour la gloire de Dieu et le salut du monde

Chaque semaine sont mis en ligne : 3 vidéos d’environ 7 minutes chacune, des documents pour aller plus loin, des prières, un travail dirigé à faire seul ou en groupe et un quiz.

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« APRÈS » de P. A. LEJEUNE

Et tout s’est arrêté…

Ce monde lancé comme un bolide dans sa course folle, ce monde dont nous savions tous qu’il courait à sa perte mais dont personne ne trouvait le bouton « arrêt d’urgence », cette gigantesque machine a soudainement été stoppée net. A cause d’une toute petite bête, un tout petit parasite invisible à l’œil nu, un petit virus de rien du tout… Quelle ironie ! Et nous voilà contraints à ne plus bouger et à ne plus rien faire. Mais que va t-il se passer après ? Lorsque le monde va reprendre sa marche ; après, lorsque la vilaine petite bête aura été vaincue ? A quoi ressemblera notre vie après ?

Après ?

Nous souvenant de ce que nous aurons vécu dans ce long confinement, nous déciderons d’un jour dans la semaine où nous cesserons de travailler car nous aurons redécouvert comme il est bon de s’arrêter ; un long jour pour goûter le temps qui passe et les autres qui nous entourent. Et nous appellerons cela le dimanche.

Après ?

Ceux qui habiteront sous le même toit, passeront au moins 3 soirées par semaine ensemble, à jouer, à parler, à prendre soin les uns des autres et aussi à téléphoner à papy qui vit seul de l’autre côté de la ville ou aux cousins qui sont loin. Et nous appellerons cela la famille.

Après ?

Nous écrirons dans la Constitution qu’on ne peut pas tout acheter, qu’il faut faire la différence entre besoin et caprice, entre désir et convoitise ; qu’un arbre a besoin de temps pour pousser et que le temps qui prend son temps est une bonne chose. Que l’homme n’a jamais été et ne sera jamais tout-puissant et que cette limite, cette fragilité inscrite au fond de son être est une bénédiction puisqu’elle est la condition de possibilité de tout amour. Et nous appellerons cela la sagesse.

Après ?

Nous applaudirons chaque jour, pas seulement le personnel médical à 20h mais aussi les éboueurs à 6h, les postiers à 7h, les boulangers à 8h, les chauffeurs de bus à 9h, les élus à 10h et ainsi de suite. Oui, j’ai bien écrit les élus, car dans cette longue traversée du désert, nous aurons redécouvert le sens du service de l’Etat, du dévouement et du Bien Commun. Nous applaudirons toutes celles et ceux qui, d’une manière ou d’une autre, sont au service de leur prochain. Et nous appellerons cela la gratitude.

Après ?

Nous déciderons de ne plus nous énerver dans la file d’attente devant les magasins et de profiter de ce temps pour parler aux personnes qui comme nous, attendent leur tour. Parce que nous aurons redécouvert que le temps ne nous appartient pas ; que Celui qui nous l’a donné ne nous a rien fait payer et que décidément, non, le temps ce n’est pas de l’argent ! Le temps c’est un don à recevoir et chaque minute un cadeau à goûter. Et nous appellerons cela la patience.

Après ?

Nous pourrons décider de transformer tous les groupes WhatsApp créés entre voisins pendant cette longue épreuve, en groupes réels, de dîners partagés, de nouvelles échangées, d’entraide pour aller faire les courses où amener les enfants à l’école. Et nous appellerons cela la fraternité.

Après ?

Nous rirons en pensant à avant, lorsque nous étions tombés dans l’esclavage d’une machine financière que nous avions nous-mêmes créée, cette poigne despotique broyant des vies humaines et saccageant la planète. Après, nous remettrons l’homme au centre de tout parce qu’aucune vie ne mérite d’être sacrifiée au nom d’un système, quel qu’il soit. Et nous appellerons cela la justice.

Après ?

Nous nous souviendrons que ce virus s’est transmis entre nous sans faire de distinction de couleur de peau, de culture, de niveau de revenu ou de religion. Simplement parce que nous appartenons tous à l’espèce humaine. Simplement parce que nous sommes humains. Et de cela nous aurons appris que si nous pouvons nous transmettre le pire, nous pouvons aussi nous transmettre le meilleur. Simplement parce que nous sommes humains. Et nous appellerons cela l’humanité.

Après ?

Dans nos maisons, dans nos familles, il y aura de nombreuses chaises vides et nous pleurerons celles et ceux qui ne verront jamais cet après. Mais ce que nous aurons vécu aura été si douloureux et si intense à la fois que nous aurons découvert ce lien entre nous, cette communion plus forte que la distance géographique. Et nous saurons que ce lien qui se joue de l’espace, se joue aussi du temps ; que ce lien passe la mort. Et ce lien entre nous qui unit ce côté-ci et l’autre de la rue, ce côté-ci et l’autre de la mort, ce côté-ci et l’autre de la vie, nous l’appellerons Dieu.

Après ?

Après ce sera différent d’avant mais pour vivre cet après, il nous faut traverser le présent. Il nous faut consentir à cette autre mort qui se joue en nous, cette mort bien plus éprouvante que la mort physique. Car il n’y a pas de résurrection sans passion, pas de vie sans passer par la mort, pas de vraie paix sans avoir vaincu sa propre haine, ni de joie sans avoir traversé la tristesse. Et pour dire cela, pour dire cette lente transformation de nous qui s’accomplit au cœur de l’épreuve, cette longue gestation de nous-mêmes, pour dire cela, il n’existe pas de mot.

Ecrit par Pierre Alain LEJEUNE, prêtre à Bordeaux