SYNODE~FAMILLE

LE SYNODE AU JOUR LE JOUR

Les évêques recommandent d’accompagner les situations familiales compliquées

Les 13 groupes linguistiques ont rendu publiques hier leurs synthèses sur la deuxième partie de VInstrumentum laboris traitant de la vocation de la famille.

| Ils suggèrent de mieux enraciner dans l’Ecriture le message de l’Église aux familles et esquissent quelques pistes en vue d’une pastorale.

ROME

De nos envoyés spéciaux

La « bonne nouvelle au sujet de la vie de famille », non pas « réservée aux seuls catholiques » mais offerte « comme source d’espérance à tous les hommes ».

Ainsi l’un des groupes francophones présente-t-il la deuxième partie de  Instrumentum laboris sur laquelle se sont penchés les participants au Synode sur la famille depuis lundi. Un chapitre important puisqu’il détermine les pistes pastorales de la troisième et derniète partie de ce document de travail. Comme dans ce groupe italien, nombre de synthèses com­muniquées hier regorgent de formules pour souligner « la valeur évangélisatrice du mariage et de la famille ».

Mais c’est surtout le manque d’enraci­nement dans « l’Écriture et la Tradition vivante » de l’Église que déplorent nombre des 13 groupes linguistiques. Les évêques voudraient voir mentionnés « les couples de l’Ancien Testament », le Cantique des Cantiques, mais aussi les nombreux récits de « rencontres de Jésus avec les familles ». Il ne s’agit pas seulement de « citer des textes bibliques », précise toutefois le groupe anglophone, mais de « présenter la Bible comme la matrice pour la vie conjugale et familiale ». Très remarquée au sein du Synode, solidement argumen­tée – au point qu’elle sera traduite dans différentes langues -, la synthèse alle­mande met en garde toutefois contre une utilisation de l’Écriture qui ne servirait qu’à « fonder des convictions dogmatiques, juridiques ou éthiques ».

Plusieurs groupes s’accordent aussi sur le fait que le texte du Synode devra « par­ler davantage de fidélité et d’indissolubi­lité en termes de don et d’appel » plutôt que seulement en « termes juridiques », au risque de les présenter comme « un fardeau ». Pour le groupe du cardinal Ni- chols, archevêque de Westminster, la « divine pédagogie » doit aider à « trouver un langage accessible aux hommes et femmes de notre temps ».

En pratique, de nombreux pères syno­daux voudraient que le Synode suggère des pistes aux familles – les « meilleures pratiques » selon la formule du groupe du cardinal Pell – pour « honorer leur vo­cation » : celles-ci sont donc invitées à prier, à participer à la messe dominicale, à lire l’Écriture ensemble, mais aussi à « vivre le pardon ».

« Le Synode devrait encourager les parents à trouver dans les
écoles catholiques Tunique moyen à même de renforcer et approfondir l’éducation religieuse qui commence en famille », re­commande le groupe anglophone modéré par le cardinal Nichols.

Annoncer cette « bonne nouvelle » aux familles n’empêche pas – au contraire – de reconnaître et d’accompagner les situa­tions compliquées, rappellent plusieurs groupes de travail. Les histoires d’hommes et de femmes en quête de bonheur « sont complexes, faites de joies et de peines (…), de fidélités et d’abandon. Elles sont aussi parfois l’occasion d’épreuves difficiles, d’échec ou d’erreur », sou­ligne l’un d’entre eux, af­firmant – dans un projet de prologue à la deuxième partie – que « la miséri­corde est promise à toutes les familles, quel que soit leur degré de proximité ou d’éloignement de eette vé­rité ».

Dans sa synthèse, le groupe germanophone, citant saint Thomas d’Aquin, rappelle qu’« on ne peut traiter toutes les situations concrètes selon un principe général » (l’in­dissolubilité par exemple), mais une lec­ture « intelligente et sage » de celui-ci. « Il faudrait une pastorale personnalisée qui fasse davantage appel aux consciences », écrivent les évêques allemands.

 

L’un des groupes invite toutefois à ne pas aller trop loin dans cette « prise en compte des fragilités, difficultés » en rap­pelant qu’elles ont toujours existé. Des évêques anglophones ont également re­gretté que  Instrumentum laboris repère des « semences du Verbe » (expression utilisée à Vatican II pour affirmer que même aux non-chrétiens a pu parvenir un fragment de la Vérité) dans les « rela­tions irrégulières », jugeant ceci « inap­proprié et trompeur ».

En vue de la rédaction du document final par la commission spéciale choisie par le pape, les « circuli minores » formu­lent enfin des vœux de portée plus géné­rale. Nombre d’entre eux évoquent un nécessaire approfondissement théolo­gique. « Des oppositions implicites » dans le texte doivent être dépassées, avance un groupe francophone, citant le diptyque « théologie, pastorale » ou « vérité et mi­séricorde », comme le souligne le groupe germanophone. I.edocument final, selon le groupe présidé par le cardinal Sarah, se devra surtout d’être « aussi clair et simple que possible (pour) éviter les am­biguïtés et les équivoques ». Un groupe italien dit même son souhait d’un « texte magistériel sur le mariage », en raison, selon l’anticipation d’un groupe anglo­phone, des « limites qu ‘aurait un document approuvé à la fin de ce Synode ».

ANNE-BÉNÉDICTE HOFFNER et SÉBASTIEN MAILLARD

ENTRETIEN avec le CARDINAL CHRISTOPH SCHÔNBORN, archevêque de Vienne [1]

« Au Synode, deux groupes seront déçus, les rigoristes et les laxistes »

Le cardinal Christoph Schônborn analyse la conversion pastorale à laquelle sont appelés les pères du Synode auquel il participe.

Le Synode a commencé il y a presque deux ans. Quel a été le rôle du temps dans ce processus?

Cardinal Christoph Schônborn:

Le pape utilise un néologisme qu’il a créé lui-même dans Evangelii gaudium, « primerear », pour dire ce qu’il est en train de faire avec le Synode : initier un chemin en commun. Il veut éviter ce qui se passe généralement avec les synodes : on en discute pendant trois semaines, puis sort un document pontifical et, très vite, c’est oublié, alors que le pape Fran­çois, manifestement, souhaite un effet plus approfondi grâce à un cheminement par étapes.

Pour ce faire, il a explicitement poussé à ce que les débats soient ouverts, les discussions menées avec franchise, cou­rage et dans une écoute humble. Ce pro­cessus, bien sûr, a provoqué des inquiétudes, parfois même un certain alarmisme. On peut craindre que les dis­cussions creusent les divisions, mais le Saint-Père me semble très confiant dans le fait que l’Esprit Saint saura conduire l’Église à une parole de vérité et de mi­séricorde.

Les positions ont-elles évolué ?

  1. S. : Nous, les évêques, sommes souvent très abstraits. Mais le simple fait que l’on parle non seulement de la doctrine, mais aussi des situations telles que les familles les vivent, des couples de fait, des familles « patchwork », est déjà un grand pas.
  2. Parfois, certains ont peur qu’en regardant la réalité telle qu’elle est vécue, cela relativise la doc­trine et lui nuise. D’autres craignent que la simple réaffirmation de la doctrine n’aide pas le peuple chrétien.
  3. Les deux sont né­cessaires.
  4. Le défi de la conversion pastorale à laquelle le pape invite, c’est de voir qu’entre la doctrine et la pastorale, il n’y a pas de fossé. Nous ne nous éloignons pas de la doctrine en ayant ce courage de la proximité, de la réalité quotidienne des gens.
  5. La doc­trine, ce n’est pas d’abord un sac à dos plein de briques qu’on doit porter mais c’est avant tout une relation vivante, l’Évangile que le Seigneur nous donne pour notre route.

Comment articuler doctrine et miséricorde sans être dans la relativisation ou le jugement ?

  1. S. : L’approche de Jésus est pour nous la boussole. Dans ses rencontres, il regarde d’abord la personne et non la case dans laquelle on peut la mettre.
  2. Il la regarde avec ce regard d’infinie bonté qui, d’ailleurs, a ouvert si souvent le cœur de ceux qui l’ont rencontré. C’est ce que fait tout bon prêtre, tout chrétien. Considérer la per­sonne avec son histoire, les signes de la présence de Dieu dans sa vie, et puis son cheminement. Et on avance à ses côtés. C’est aussi ce que font les parents avec leurs enfants qui, très souvent, vivent en­semble avant de se marier, ou qui, comme cette mère me le confiait récemment, ont un enfant homosexuel.

Comment abordez-vous ces situations, irrégulières aux yeux de l’Église ?

  1. S. : Regardez comment le font des parents croyants qui aiment leurs enfants. Ils souhaitent évidemment que leurs en­fants se marient sacramentellement. Leur propre expérience leur a enseigné que le sacrement est un trésor de vie, mais, avant de porter un jugement, il nous faut d’abord regarder pourquoi tant de jeunes vivent ensemble. Il y a tant de raisons : ils ont vu les malheurs de leurs parents divorcer, ils ont des difficultés économiques. Comment voulez-vous qu’ils fondent un foyer? Avant de juger le comportement, il faut d’abord écouter et regarder ce qui se passe dans leurs vies. Pourquoi n’ont-ils pas encore découvert la richesse du sacrement ? Il faut les accompagner avec patience, discerner l’œuvre de Dieu dans chaque vie.

Quelles ouvertures peut-on attendre du Synode?

  1. S. : Ceux qui attendent que le Synode donne des règles générales pour tous les problèmes seront très déçus. On peut le prédire dès maintenant : il y aura deux groupes très déçus, les rigoristes et les laxistes.
  2. L’Église de Rome n’a jamais été ni rigoriste ni laxiste. Elle n’a pas accepté le rigorisme des premiers chrétiens contre ceux qui ont renié la foi devant la persé­cution, pas plus que le donatisme, le jan­sénisme, toutes les idéologies rigoristes. Mais elle a aussi rappelé les hautes exi­gences du chemin chrétien, et le laxisme ne peut être le chemin.

RECUEILLI PAR CÉLINE HOYEAU