– Veillée Pascale

Homélie de la Veillée Pascale – Collégiale

Frères et sœurs, nous voici arrivés au terme du carême. Les quarante jours sont écoulés.
Comme les quarante jours au désert Jésus, toi qui te préparais à commencer ta vie publique ; comme les quarante ans d’errance du peuple hébreux dans le désert, peuple qui prenait corps petit à petit au cours de ces quarante années avant de s’installer en Terre Promise ; comme les quarante semaines nécessaires à la venue au monde d’un enfant… Bref, que ce soit quarante jours, quarante semaines ou quarante ans, il s’agit toujours du temps nécessaire à une maturation.
Le tombeau s’est vidé, comme si la terre accouchait au terme d’une longue gestation. Et qui sont les premiers témoins de cet accouchement ? Comme toujours, des femmes. Sans doute de « sages femmes » ! St Marc nous donne leurs noms : il s’agit de Marie, la Magdaléenne, d’une autre Marie, la mère de Jacques, et de Salomé. C’est sur leur premier témoignage que la foi des apôtres va se fonder, pour donner naissance à l’Église. Car il s’agit bien d’une naissance !
Cette veillée pascale que nous célébrons en ce moment, symbolisée par la lumière qui vient déchirer les ténèbres, c’est la vie qui triomphe de la mort, c’est la naissance de l’humanité à une vie nouvelle, à une vie toute autre. Comme la vie de l’enfant qui vient au monde est radicalement autre que sa vie dans le sein maternel. Rien n’est plus comme avant.
Nos ancêtres des premiers siècles l’ont bien compris, et l’ont signifié en commençant le comptage des années très précisément – même s’ils ont commis une petite erreur de calcul – à la date de cet événement extraordinaire : Jésus, tu es ressuscité ! Tu as vaincu la mort, entraînant avec toi toute l’humanité, sauvée par Dieu ton père comme promis. Désormais, il y a un « avant Jésus-Christ » et un « après Jésus-Christ » ! L’événement est central.

Pour fêter cet événement, la liturgie nous propose, à travers les lectures que nous venons d’entendre, de revivre cette histoire, qui est notre histoire. Histoire qui commence par le poème de la Création, où toi Dieu tu fais déjà alliance avec l’Homme. Alliance que tu scelleras ensuite avec Abraham, et qui se concrétisera par la libération du peuple hébreux avec Moïse ; Alliance rappelée lorsque tu nous parles par la bouche du prophète Ezéchiel : tu viens ôter nos cœurs de pierre et nous donner un cœur de chair ; tu es notre Dieu et nous sommes ton peuple. Oui, toute cette histoire est la nôtre, nous qui sommes aujourd’hui ton peuple, Dieu.
Elle est aussi celle de ceux qui cette nuit vont entrer dans ce peuple des chrétiens par le baptême. Pour eux aussi, c’est une naissance. Un temps de préparation, de gestation, pour laisser mûrir en eux ton projet Dieu, et cette nuit, c’est le grand passage. Leur vie nouvelle commence. Toi tu les appelles, chacun d’une manière différente ; tu les accompagne par ton Esprit Saint pendant ces longs mois de gestation.
Ils ont découvert ta personne Jésus, toi qui nous montre ton Père, qui nous donne à voir l’amour avec lequel Dieu nous aimes, personnellement, chacun de nous, intimement.
Dieu, tu nous aimes tellement que tu t’es donné entièrement à nous, que tu as donné ta vie pour nous. Et cet amour est si fort, si extraordinairement puissant, qu’il redonne vie à Jésus, que la haine a crucifié.
C’est en toi, Dieu, que les nouveaux baptisés vivront désormais, avec toi qu’ils entreront dans la vie éternelle, avec toi qui leur propose à nouveau de faire alliance, comme avec Adam, Abraham, Moïse, tout le peuple de l’humanité et chacun de nous.
Pour les baptisés de cette nuit comme pour nous, nous t’écoutons Dieu, toi qui appelle en ces termes: « Viens, et si tu le veux, j’ôterai de toi le cœur de pierre et je te donnerai un cœur de chair ! »

JM Beaussart