* Rentrée Paroisse Sept 17

Homélie du Père Jean-Michel Bardet 

Rentrée Pastorale – Briançon – Dimanche 24 septembre 2017

Si une journée de « fête paroissiale » est aussi une rentrée pastorale, alors il y a sûrement lieu de célébrer cela comme le début d’une nouvelle année, et de se souhaiter mutuellement une « Bonne Année ! ». Et qui dit « année nouvelle » dit sans aucun doute « résolutions nouvelles ».

Alors nous avons dans la première lecture une mine de bonnes résolutions ; ou plutôt nous y trouvons la « mère » de toute résolution : « Chercher le Seigneur tant qu’il se laisse trouver ; invoquez-le tant qu’Il est proche. »

Et c’est bien au Nom du Seigneur que nous sommes rassemblés ; c’est bien en son Nom que nous nous réjouissons d’être ensemble ; et c’est aussi ensemble que nous sommes invités à puiser auprès de Lui les sources de notre vie pastorale, de notre vie missionnaire.

La formulation du livre d’Isaïe nous fait tout d’abord entendre l’urgence de vivre cette rencontre avec le Seigneur.

À partir de quand ne se laissera t-il plus trouver ? Je n’en sais rien…

Mais justement, ne perdons pas l’occasion de le rencontrer, ne perdons pas notre temps à passer à côté d’une telle rencontre. D’autant plus qu’entre ce que nous imaginons du bienfait de cette rencontre, et ce qu’elle sera en vérité, il y a de la marge : une marge qui ne sera pour nous que du bonheur : «Autant le ciel est élevé au-dessus de la terre, autant mes chemins sont élevés au-dessus de vos chemins, et mes pensées, au-dessus de vos pensées ».

Voici donc la première de nos résolutions ! Et c’est comme une nécessité impérieuse qui prendra alors tout notre être, à l’image de ce dont Saint-Paul témoigne en disant : « Je ne sais comment choisir ; je me sens pris entre les deux : je désire partir pour être avec le Christ car c’est bien préférable, mais à cause de vous, demeurer en ce monde est encore plus nécessaire ».

De cette première résolution découleront toutes celles que nous saurons inventer tout au long de cette année.

Puissions-nous simplement être habités de ce désir de « vivre Dieu », de toute notre humanité, de toute notre volonté ; et nous participerons alors un peu plus à ce royaume des Cieux. D’ailleurs, « celui-ci est comparable au maître d’un domaine qui sortit dès le matin afin d’embaucher des ouvriers pour sa vigne ».

Si nous avons souligné à l’instant l’urgence de chercher le Seigneur, la parabole de Jésus nous dit aussi l’incessante sollicitation de Celui-ci, tel ce maître sortant régulièrement pour convier ses ouvriers au travail du domaine.

Je ne saurais dire s’il agit par ordonnance, ou s’il y a eu des accords d’entreprises signées… toujours est-il que j’entends déjà le cortège des syndicats s’apprêtant à fouler le pavé dès qu’il sera question de salaire ! Nous y viendrons en temps voulu.

Nous avons en tout cas compris qu’il n’est jamais trop tard pour embaucher, et que l’ouvrier de dernière heure, même au soir de sa vie, aura pleinement sa place dans cette entreprise dont il pressent déjà la joie d’y avoir contribuée.

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Peut-être avons-nous aussi à entendre en cette rentrée paroissiale cet échange particulier qui pourra nous interpeller tant il est vrai que dans cette parabole, nous pouvons nous imaginer, tantôt comme ouvrier, tantôt comme celle ou celui ayant à relayer l’invitation du maître.

« Pourquoi êtes-vous resté là sans rien faire ? Ils lui répondirent : parce que personne ne nous a embauchés. Il leur dit : Allez à ma vigne vous aussi ! »

Auquel cas, il faut savoir regarder dans notre vie de chrétien, dans notre vie communautaire comment nous sommes appelants – ou pas – à l’œuvre du maître, à l’œuvre du Seigneur, à l’œuvre de l’avènement d’une humanité nouvelle.

« Malheur à moi si je n’annonce pas l’Évangile » s’écriait Saint-Paul, emprunt qu’il était de cette conviction intérieure que seule l’œuvre d’Amour du Christ saurait conduire l’aventure humaine à sa plénitude.

Participer en tant que communauté chrétienne à l’interpellation du monde pour l’inviter à saisir la main tendue de l’Alliance avec le Seigneur, lui révéler qu’il y a là un vrai chemin de Vie : voilà sans aucun doute une de nos responsabilités paroissiales.

Ce chemin auquel le Seigneur nous convie est cependant semé d’embûches : ces biens illusoires qui tentent de nous faire « rater la cible » – l’œuvre même du Satan, s’évertuant à nous détourner de l’enthousiasme de la vie avec Dieu.

Considérons alors la deuxième partie de la parabole : cette rétribution, dans l’inégalité du tarif horaire, scandalise notre « être » de travailleuse, travailleur, qui ne conçoit la juste rétribution que proportionnelle au temps de travail effectif.

Travailler plus pour gagner moins…

Travailler moins pour gagner plus…

Travailler plus pour gagner plus…

À tout cela s’oppose l’invitation de Dieu à travailler mieux pour y gagner davantage.

« Allez à ma vigne vous aussi, et je vous donnerai ce qui est juste. »

Et nous comprenons bien qu’il s’agit d’un domaine d’un autre ordre. Un ordre qui se moque de la rétribution personnelle parce qu’est alors découvert une autre logique, une autre dynamique : celle de l’Amour de Dieu, qui transforme tout avec justesse : l’amour de soi, comme celui du prochain.

En effet, « Quel avantage  un homme aura-t-il à gagner le monde entier, s’il se perd ou se ruine lui-même ? »

Au-delà de toute justice humaine et sociale, qui cependant aident à dire et à réaliser la juste considération de tout un chacun, il y a cette réalité première, cet amour inconditionnel du Seigneur renouvelant alors notre façon « d’être ensemble », dès maintenant, et nous rendant participant à l’annonce d’un chemin d’Espérance, à cet appel pour oser une humanité nouvelle.

N’est-ce pas le moment de vous conjurer, frères et sœurs, de nous conjurer les uns les autres mutuellement à abandonner nos jalousies, nos égoïsmes, nos prétentions à toujours avoir raison, nos fiertés déplacées, nos ambitions orgueilleuses ? N’est-ce pas le moment de nous affranchir et d’abandonner nos vieilles blessures, nos rancœurs auxquelles on s’accroche désespérément parce qu’il nous semble qu’elles nous font exister, même si c’est au détriment de l’autre ?

N’entendons-nous pas dans la récrimination des ouvriers de la première heure l’écho de toutes ces réalités qui nous enferment dans un système comptable dont nous savons pertinemment qu’il ne nous conduira pas au bonheur ?

Laissons-nous bousculer par la colère de ce maître du domaine, affolé qu’il est par la surdité et l’étroitesse d’entendement de ses ouvriers.

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Le pape François ne cesse de nous inviter à mettre le « pauvre » au cœur de nos vies personnelles et communautaires, parce qu’il y a dans cette attitude l’antidote au vieux réflexe de la nuit des temps à nous replier sur nous même et à en oublier l’autre.

Il nous dit : « Ne pensons pas aux pauvres uniquement comme destinataire d’une bonne action de volontariat à faire une fois la semaine, ou encore moins de gestes improvisés de bonne volonté pour apaiser notre conscience. Ces expériences même valables et utiles pour sensibiliser aux besoins de nombreux frère et aux injustices qui en sont souvent la cause, devraient introduire à une rencontre authentique avec les pauvres, et donner lieu à un partage qui devient style de vie ». Puis il cite saint Jean-Chrysostome : « Si vous voulez honorer le Corps du Christ, ne le méprisez pas lorsqu’il est nu. N’honorez pas le Christ Eucharistique avec des ornements de soie tandis qu’à l’extérieur du Temple, vous négligez cet autre Christ qui souffre du froid et de la nudité ».

Nous avons je le crois bien des résolutions à prendre, bien des orientations nouvelles à imaginer, bien des chemins à explorer.

Que cette année pastorale qui s’ouvre à nous, dans la diversité de nos vallées, de nos villages, nous permette d’avancer toujours plus dans cette vie avec Dieu.

Dès à présent, cherchons au plus profond de notre cœur cette rencontre en vérité, dans cette Eucharistie, dans notre soucis du pauvre, dans notre vie fraternelle.

JM Bardet, Curé