*Pâques 2017 – Veillée

Homélie Veillée Pascale  2017

Collégiale de Briançon

Dieu fait toujours ce qu’il a promis. Dieu tient toujours sa promesse !
C’est bien l’expérience que font Marie-Madeleine et l’autre Marie, venant « regarder le sépulcre au petit matin ». La mort de leur Maître semblait devoir les consterner comme souvent la mort sidère celles et ceux qui ne peuvent se résoudre à la séparation, et gardent longtemps le regard fixé sur le vide de l’absence.

Mais au petit matin, les voilà chavirées en recevant la Bonne Nouvelle, « l’Evangile », tel un tremblement de terre : « Soyez sans crainte ! Il n’est pas ici, Il est ressuscité comme Il l’avait dit ». Oui Dieu tient toujours sa promesse – certains disent même que c’est le seul à le faire… Certes, le temps nous oblige souvent à l’attente ; celle-ci sollicite alors notre acte de foi ; lequel provoque ce mouvement extraordinaire par lequel l’être-humain s’extirpe de lui même, et part à la rencontre de Celui qui ainsi l’interpelle : « Allez annoncer à mes frères qu’ils doivent se rendre en Galilée ; c’est là qu’ils me verront ». En Galilée… ou ailleurs…

Ainsi est suscitée une attente impatiente et bienheureuse ; elle provoque aussitôt une mise en route pour aller à la rencontre de Celui qui promet l’avenir heureux.

Nous pouvons alors aisément parler d’un commencement, d’une naissance. J’ai souvenance qu’un jeune confrère, alors que nous étions à peine entrés dans l’hiver au cours de la veillée du 24 décembre, vous avait souhaités « Joyeuse Pâques », provoquant étonnement et surprise dans son auditoire.

Je me permettrais donc à mon tour, en cette nuit de Pâques, de vous souhaiter un Joyeux Noël, ce jour béni où Dieu, voulant naître à notre humanité, nous a déjà fait naître à son monde Divin.

Et aujourd’hui, dans la joie de célébrer le baptême pour quatre adultes, il est heureux de se dire que, non seulement il n’y a pas d’âge pour bien faire, mais aussi pour naître nouvellement ! Nicodème en son temps nous dit St Jean, eut lui aussi bien du mal à le comprendre.

De naissance en naissance, l’œuvre de résurrection que Dieu notre Père accomplit, allume au cœur de notre monde, de notre pays, au cœur de nos montagnes et de notre cité un feu d’Espérance et de Paix ; d’enfantement en enfantement Dieu ne cesse de créer.

Ce n’est pas sans nous rappeler qu’une telle naissance, celle de Jésus dans son retour vers le Père, celle de l’avènement du Royaume de Dieu, ne s’est pas faite sans douleur. Des douleurs d’enfantement qui se perpétuent en Syrie, en Égypte, mais aussi aux portes de nos propres cœurs, par tant de réalités égoïstes, de difficultés à accueillir la personne migrante, de fermeture à la confiance, à la bienveillance mutuelle, de propensions aux mensonges, aux promesses démagogiques, de recherche de profits solitaires au détriment de la liberté de nos frères : pourtant, c’est au cœur de ces souffrances qu’un chemin vient de s’ouvrir.

La Passion de Celui qui ouvre ce passage vers la Vie nous impressionne à chaque semaine Sainte. Mais demandons au Seigneur que véritablement elle nous impressionne, profondément, comme peut le faire – non pas le traumatisme d’une violence ou d’un drame – mais plutôt comme peut le réaliser la passion amoureuse, bravant adversité, malveillance, infidélité, et gardant pour raison ultime la Foi en un amour capable de délivrer la personne humaine de toute mort, de tout mal, capable de ce Pardon sans lequel personne, à terme, ne saurait vivre.

L’Amour que Dieu nous porte est à chaque instant œuvre de création nouvelle. Et par cette nouvelle naissance que vont vivre nos quatre catéchumènes, c’est nous tous qui sommes régénérés dans l’eau, le feu et le sang : vainqueur de la mort par fidélité à l’Amour de son Père, le Christ ressuscité nous accouche à un monde nouveau. Une humanité nouvelle est en croissance, une espérance nouvelle devient ferment de vérité et de paix dans cette pâte humaine si souvent désolante et désolée.

Alice, Marie-Laure, Myriam et Jean-Jacques, le baptême fait de nous des femmes et des hommes nouveaux ;  alors que venant dans ce monde, nous avions déjà un pied dans la tombe, en recevant le baptême dans la Foi de Jésus Christ, nous avançons de plain-pied dans cette vie éternelle, synonyme d’une condition humaine enfin réconciliée, enfin pacifiée, et joyeuse de l’être dans l’Amour de son Créateur.

Nous appelant à venir à sa rencontre, le Ressuscité fait de nous des artisans de paix, des bâtisseurs d’amour chaque fois que nous faisons un pas sur ce chemin de la Foi, tantôt hésitants, tantôt enthousiastes, tantôt aveuglés et meurtris par les souffrances de ce temps.

Mais en répondant à son appel, en avançant vers Lui, Il nous fait alors grandir pour que nous parvenions à la mesure de son projet d’Amour, pour que nous atteignions avec Lui et par Lui, la belle stature de l’Homme Vivant à jamais.

P. JM Bardet