– Noël 2016 ~ Briançon

Noël 2016 – Briançon

 

Je ne sais pas pourquoi mais, cette année, une phrase m’arrête à chaque lecture que je fais de l’Évangile que nous venons d’entendre. Cette phrase est la suivante : « Il n’y avait pas de place pour eux dans la salle commune ».

Est-ce à cause des ridicules crispations et surenchères autour de la question de savoir si une crèche a sa place dans une maison commune – c’est à dire une mairie, ou un espace public ? Ou bien est-ce le fait que ce couple, et cette femme enceinte soient refoulés d’un lieu où peut être, il aurait été possible de se serrer un peu, de faire juste un moment un peu de place à cette demande urgente ?

Mais peut être la réalité était-elle moins dramatique ; simplement sans doute la description d’un état de fait, sur lequel il ne convient pas de s’attarder…

Toujours est-il que la scène est singulière, car à grands renforts de cris célestes, la crèche fut désignée aux bergers comme le lieu d’une manifestation divine : drôle de lieu en effet que cet humble garde-manger pour un âne et un bœuf, devenant alors l’écrin de Celui qui s’avéra être la personne la plus divine au monde.

Ceci dit, il n’y avait peut-être guère que des bergers, dans leur pauvreté, qui puissent être capable de reconnaître cela !

Je retiendrai donc de cette nuit de Noël que Dieu ne s’embarrasse, ni de nos mesquineries, ni de nos refus d’accueil, mais qu’Il trace sa route simplement, et en particulier là où des cœurs simples se révèlent capables de l’accueillir.

Il y a alors quelque chose de rassurant, quelque chose d’apaisant, quelque chose de réjouissant dans cela : savoir que la Paix a ouvert une route, et que rien ne saurait réfréner ni stopper cette grande voie d’Espérance qui traverse et passe au plus profond de la pâte humaine.

Un cantique jadis nous donnait à méditer : « De la crèche au crucifiement, Dieu nous livre un profond mystère, et nous aime inlassablement ». Dieu ne se lasse pas ; il ne s’attarde pas à perdre du temps dans ces jugements de valeur dont nous sommes si friands. Le chemin de sa Paix, c’est l’urgence de son amour qui prime sur tout.

Alors que notre monde nous offre le terrible spectacle de la mauvaise foi (en passant de la cynique campagne électorale américaine, jusqu’aux funestes intérêts de dictateurs – en Syrie et ailleurs) ;

Alors que nos sociétés étalent l’arrogance de nos replis égoïstes sur nos conforts et avantages, quelques fois « bien mal acquis », au détriment de peuples assez lointain pour que l’on n’y pense peu ;

Alors que de trop faciles discours accusateurs et grossièrement simplistes viennent marteler aux portes de nos consciences ;

Alors que nous fermons les yeux sur le commerce des « marchés de la guerre », au détriment des efforts de justice ou d’éducation ;

Alors que les intérêts financiers de quelques uns épuisent allégrement les ressources et les équilibres naturels de la Maison Commune (comme aime à la prénommer notre Pape) ;

Alors qu’il est si aisé de sombrer dans l’isolement et la détresse, environné pourtant que nous sommes de ces souriants artifices de communication qui n’ont trop souvent de cela que le nom ;

Alors que la nuit est souvent bien noire… Lui, l’Enfant-Dieu, trace son chemin, avec l’unique urgence de rejoindre les cœurs d’hommes et de femmes de Bonne Volonté.

 

Nous voulons tous là paix ; nous la désirons pour toute l’humanité : Dieu vient inlassablement à la rencontre de ce noble et immense désir enfoui dans le cœur de tout être humain.

Il s’agit en cette nuit, en ce jour de Noël, de vivre une rencontre ; il s’agit de se laisser rejoindre par Celui dont l’intention est pure, dont l’intention est juste, dont l’amour est authentique et fidèle ; il s’agit de nous laisser toucher, comme le furent les bergers.

Alors, nous saurons choisir des chemins nouveaux, nous saurons entreprendre des chantiers nouveaux, nous saurons poser des relations renouvelées entre nous, entre tous, habités que nous serons par cet Esprit Divin dont le seul et unique souci est que l’Homme choisisse un vrai chemin de vie.

 

Je nous souhaite cette Rencontre avec Dieu : elle est l’Avenir de notre Humanité.

 

JM Bardet, prêtre.