– Noël 2015 ~ Monêtier

Noël 2015 – Le Monêtier-les-Bains

Excusez-moi de cette préoccupation qui, je n’en doute pas, va vous sembler inconvenante. Mais cependant une question me taraude l’esprit : à combien allez-vous monnayer votre cadeau de Noël ?

Si je vous pose la question, c’est que depuis quelques années, il devient de mode de remettre en vente, sur internet, au lendemain de Noël, ce que quelqu’un vous à offert la veille. Étonnant comportement, qui pourrait sous entendre que seul compte la valeur marchande d’un cadeau ; et que la valeur de l’acte d’offrande, s’il a encore une valeur, est dissociée du cadeau lui-même.
Il faut bien reconnaître que la banalisation des cadeaux, qui plus est part l’industrialisation consumériste et la non-personnalisation des objets, favorise cette redoutable dichotomie entre le donateur et le don.

Sommes-nous donc si éloigné de ce lien si précieux entre d’une part, la valeur de l’acte du don, riche de l’intention, de la joie d’offrir, de la manifestation de reconnaissance ou d’amour que l’on porte à quelqu’un. Et d’autre part, l’objet même qui porterait en lui – ou pas – toute la densité de l’intention du donateur, devenant alors précieux au cœur de celui qui le reçoit.
Ce sont souvent les cadeaux modestes, quelquefois artisanaux, qui réalisent ce juste équilibre plein de signification.
Toutefois, quelque soit notre standing, l’équilibre est partout possible pour peu qu’il soit recherché.

Il peut arriver aussi bien tristement, que nous puissions nous dire : il aurait mieux valu qu’il n’y ait pas de cadeau. Cette réaction ne nous satisfait guère, car nous pressentons bien qu’une société où l’on ne se fait pas de cadeaux, même maladroits, même déséquilibrés, serait une société sans vie, sans devenir, sans expression d’amour, et petit à petit sans amour. Sociologues et ethnologues ont abondamment développé leurs réflexions sur cette réalité fondamentale des relations humaines.

Mais revenons à nos moutons – se dirent tout à coup les bergers de cette nuit, après avoir visité Marie, Joseph et l’enfant Jésus à la crèche.

Puis-je vous suggérer avec eux, en cette nuit de Noël, de bien vouloir considérer et accueillir cet enfant comme un cadeau du Ciel ?

C’est en tout cas ainsi que bergers, mages, et toute celles et ceux qui vinrent à sa rencontre le reconnurent. Un cadeau du Ciel qui dort, qui pleure sans doute, qui gazouille au sourire de sa maman ; un cadeau qui nous fait bien évidemment regarder du côté du Donateur.

Nous savons le cadeau qu’est un enfant dans la vie d’un couple désirant la générosité de la vie.
Alors, quel cadeau que ce Fils dont la vie tout entière jusqu’à sa mort, aura ensemencé la terre d’Espérance et conduit à de phénoménales évolutions dans la compréhension du monde, dans le rapport à la vie, ou entre les hommes, ou avec Dieu lui-même, et dont notre sacro-sainte laïcité dans sa revendication de nobles valeurs, pourrait honnêtement s’en reconnaître redevable.

Quel cadeau que cet «être», qui aura apporté comme enseignement celui de la prévalence de l’Amour sur tout autre réalité, aussi intelligentes et nécessaires fussent-elles.
Plus encore : quel cadeau que cette révélation du Pardon comme seul rempart et remède à la haine, la vengeance, la discrimination, l’injustice, ou encore la désespérance et la peur. Nous nommerons cela la Miséricorde.

« Tel père : tel fils » nous enseignent les proverbes locaux. «Tel cadeau : tel donateur » pourrait-on dire en présence de l’enfant Jésus ; plus qu’un reflet, le Don devient en de telles circonstances l’incarnation de la Bonté et du Cœur de celui qui nous l’offre.
Quel cadeau ! Dévoilant le Donateur, dévoilant l’invisible visage du Ciel.

Et nous pouvons finalement face à cela, adopter la simple et juste attitude de l’accueillir bien humblement : en effet, si nous mesurions le don que Dieu nous fait, nous souhaiterions connaitre Dieu bien davantage. Saurait-on alors refuser un tel cadeau et Celui qui nous l’offre ? Les accueillir transformerait notre vie, et celle de ceux qui nous entourent, de près, ou de loin.

Rêvons un peu : imaginons que nous n’opposions à la misère et à la détresse des migrants que nos portes ouvertes.
Imaginons que nous n’opposions à la violence et à la haine qu’une surabondance d’amour.
Imaginons que nous n’opposions à la solitude, à la désespérance, au malheur et à la souffrance, que le simple don de nos vies aimantes, le don de nos cœurs, simplement mais profondément humains ?

Et quoi ! Il n’y aurait là qu’un rêve ?
Auquel cas à quoi nous retrouver en de telles circonstances : des marchands de rêve, il y’en a de partout, et des plus séduisants, puisqu’ils prétendent en plus nous dispenser des croix de ce monde…

Mais il y a là un Don ; qui plus est, il est divinement gratuit !
Aidons nous peut-être simplement les uns les autres à vraiment l’accueillir.
C’est le Noël que je voudrais nous souhaiter.

Au fait, demain ? À quel prix allons-nous monnayer ce cadeau de Noël ?

JM Bardet