– Cendres 2017

Entrer en carême !

Entrer en carême ! L’expression est belle elle ; elle est même très forte.

Entrer en carême comme certaines et certains entrent en religion : telle est bien la finalité de ce temps particulier et de cette célébration de ce jour, pour nous permettre d’entrer pleinement en religion.

La religion : un mot ô combien chargé d’histoire ; depuis la nuit des temps, depuis que l’homme est homme, celui-ci s’est révélé comme un être de religion, dans un effort constant d’établir une relation avec un « au-delà » qu’il lui fallait apprivoiser, avec d’autres humains dont la relation s’avérait nécessaire et vitale.

Entrer en religion, comme on entre en relation avec Dieu, avec soi-même, avec celles et ceux qui partagent la même planète que moi. Tâches difficiles, tant on connait les écueils à travers les siècles de cette recherche du genre humain, de cette recherche d’humanité.

Entrer en religion laisse aussi entendre une belle panoplie de caricature, d’hypocrisie, d’horreur ; et encore aujourd’hui, dans l’Evangile que nous venons de proclamer, le Christ les désigne comme autant d’impasses tristement stériles.

Notre foi chrétienne nous rappelle fondamentalement que Dieu lui-même a pris l’initiative d’entrer en religion, d‘entrer en relation avec sa création, d’entrer lui-même en humanité.

Et c’est donc ce chemin là que nous scrutons attentivement pour accueillir celui qui avance à nos côtés, et pour marcher sur ses pas.

Pour scruter l’essentiel, bien sûr, la vérité du désert est primordiale. Mais le désert, celui de l’épreuve dans son sens biblique, de l’expérience aride et décapante, ce désert ne nous retire pas du monde, de ses complexités, de ses enthousiasmes et de ses désespérances : il nous permettra petit à petit de mieux voir, mieux entendre, de voir juste, d’entendre juste, de comprendre juste, et d’agir dans cette justesse. C’est le sens de la belle démarche que proposera le CCFD tout au long de ce carême.

Entrer en carême, c’est, par la grâce de Dieu, entrer davantage en humanité, fort de l’Espérance que le Seigneur nous donne déjà d’accueillir.

Et nous vivons cette démarche des Cendres, où se dit l’humilité nécessaire pour entrer en religion ; une démarche pour que nous retrouvions notre juste place face au Seigneur, face à nos frères, face à nous-mêmes. La prière, l’aumône, le jeûne, vécus discrètement,  dans la vérité et la générosité du cœur qui cherche Dieu sont comme un creuset qui nous est désigné afin de nous inscrire profondément dans la force et la joie de la résurrection.

Certes, Pâques est au terme des quarante jours qui s’ouvrent devant nous, selon la chronologie de nos liturgies. Mais la présence du Ressuscité, la lumière de l’Esprit Saint, et l’appel que prononce le Père pour chacune et chacun à grandir en humanité sont là, à chaque pas, à chaque instant de notre carême : puissions-nous être disponibles à leur présence, et entrer avec vigilance dans ce ci beau moment de notre vie chrétienne.

Homélie pour les Cendres 2017 – Briançon Ste Catherine

JM Bardet