– Cendres 2015

Homélie du mercredi des Cendres – 2015

La porte d’entrée de ce temps de carême est soutenue par des textes bibliques extraordinaires : le prophète Joël, St Paul et l’Évangile de Matthieu nous permettent d’entendre des choses fondamentales qui nous intéressent bigrement pour bien vivre ce temps privilégié de la conversion.

La première de ces choses, c’est l’Espérance : alors que le monde est fou, que les actes des hommes nous apparaissent de plus en plus fou, la crainte pourrait nous gagner et nous enjoindre à penser que même Dieu pourrait se désintéresser de l’engeance humaine, déçu qu’il doit être souvent, lui qui nous à voulu à son image…

De fait, quelle image reflétons-nous de lui …

Face à cela, le prophète Joël nous oriente dans l’Espérance : Dieu ne vous abandonnera pas ; voire même, Il pourrait vous surprendre par sa bonté, par l’ampleur de son pardon : le Bon Dieu est meilleur que ce que vous imaginiez !

Souffle d’Espérance, de confiance,…et invitation au mouvement :

Avec enthousiasme, annoncez une fête, réunissez tout le monde, sortez de vos maisons pour vivre cette rencontre promise, rencontre de vérité, de joie, d’Amour.

Joël nous appelle à une mobilisation générale, pour vivre la réconciliation générale !

Car il y a, juste à la suite, cette parole de St Paul : « vous êtes des ambassadeurs du Christ », des ambassadeurs de ce Dieu réconciliateur. Vous êtes conviés à faire écho à cette Bonne Nouvelle : Dieu veut vous offrir la Paix ; Il vous montre ce chemin de la Paix pour l’humanité.

Mais alors, de quelle façon être ambassadeur ? Le meilleur pédagogue vous répondra : c’est en montrant l’exemple ! Il y a donc nécessité de vivre nous même ce retour à Dieu. L’enjeu est de taille puisqu’il s’agit de donner au monde le goût de Dieu, et d’entrer dans la mise en œuvre du Royaume, avec le Christ.

Peut-être pouvons-nous relire alors la prière confiée aux prêtres dans la première lecture :

« Pitié Seigneur, pour ton peuple, n’expose pas ceux qui t’appartiennent à l’insulte et aux moqueries des païens. Faudra-t-il qu’on dise : où donc est leur Dieu ? ».

Le prophète Joël craignait-il déjà les caricatures ?

Il faut bien le reconnaitre : les humoristes, ou même les gens de bonne volonté ont parfois matière à sourire – même si cela peut faire mal – avec nos agissements quelque fois superstitieux, nos contres témoignages, ou encore nos « bondieuseries » sirupeuses.

Et Jésus de nous redonner ces trois pistes : Aumône, Prière et Jeûne.

Les vivrons-nous en prêtant à rire ?

Un petit effort sur le carré de chocolat ? Une petite minute de prière en plus ? Une petite piécette prélevée sur notre superflu ?

Nous avons alors déjà notre récompense… qui risque bien d’être un beau dessin caricatural !

Alors, ne vivons pas un carême d’économie de bout de chandelle !

S’il y a un effort à vivre, c’est celui de Vivre avec Cœur ! Oublions nous un peu ; oublions nos petites vexations, oublions nos prérogatives sociales, culturelles ; oublions nos petits conforts, nos train-train habituels et souvent moroses ; Sortons de nous même, sortons à la rencontre de Celui qui vient. Ne soyons pas rabougris !

Tout d’abord, entrons dans ce retour à Dieu et à nos frères avec Générosité, avec largesse : ce qui est en notre possession nous est confié pour être partagé, pour être offert ; le Christ n’invite-t-il pas : « si quelqu’un te demande de faire 100 pas, fais en 200 avec lui » ; J’ai imaginé donner 1€ : osons 2 ; j’ai imaginé donner 10 : osons 20 ; j’avais prévu de donner 1000 : osons 2000 ! Et cela, autrement peut-être que par une contribution financière : il arrive un moment où la générosité vient guérir le cœur de l’homme de sa triste solitude.

Entrons sur ce chemin de vie avec Foi : dans la prière, demandons la ferveur. Pas une prière de façade, pas une prière de routine, mais celle du cœur qui pleure, qui supplie, qui aime, qui pardonne, qui chante : ce qui se vit dans la prière à de grande chance de faire bouger le monde : désirer un pardon, désirer pardonner avec force dans la prière, c’est s’exposer à la possibilité d’un pardon en acte, là où tout ressemble à une impasse .

Entrons sur ce chemin de lumière avec Confiance : lâchons nos sécurités, nos fausses assurances. J’aime à dire qu’il faut jeûner de ce qui nous est devenu comme une dépendance stérilisante. Sans compter qu’un peu de dé-croissance, de dé-consommation, de dé-intoxication ne peut que nous ouvrir à plus de justice, …et de santé, morale et physique !

Ainsi donc, un Carême pour la Vie, selon le Cœur de Dieu, avec le Cœur de Dieu !

Un carême où la volonté est sollicitée, mais où la faiblesse est accueillie comme une chance, comme un appel à plus de miséricorde.

Un carême où ma vie personnelle est engagée, résolument, mais où la présence de l’autre m’est indispensable : il est mon frères, ma sœur : c’est avec lui que se parcourt ce chemin de Salut.

Tous ensemble, vivons avec joie ce grand moment de notre vie chrétienne, pour que la résurrection du Christ soit déjà d’actualité, maintenant, pour nous même, pour le monde.

JM Bardet,Curé