– Jeudi Saint 2015

Homélie du Jeudi Saint 2015 – Collégiale
« Jésus, sachant que le Père a tout remis entre ses mains, qu’il est sorti de Dieu et qu’il s’en va vers Dieu, se lève de table, dépose son vêtement, et prend un linge qu’il se noue à la ceinture. »

Tout est remis entre les mains de Jésus nous dit l’évangile : l’avenir lui est pleinement confié. Comment cela va-t-il se passer ? Quelque chose de divin sans doute… Ne nous méprenons pas sur ce qui est proprement divin ! Qu’avons-nous sous les yeux : quelle est cette étrange soirée ?

Un repas de communion… avec une trahison, et la présence de quelques renégats en puissance. C’est pourtant un petit cercle d’amis qui se retrouve dans la confiance, pourrait-on penser. Un club d’initié ? Une élite ? Et Jésus le sait…

Nous ne sommes pas ce soir une élite non plus, pas plus qu’hier les disciples. Nous sommes souvent moins brillant, moins vertueux, moins héroïques, moins courageux que certains…

Et pourtant Jésus nous le redit comme à ses apôtres :
« Ce n’est pas vous qui M’avez choisi : c’est Moi qui vous ai choisis, et Je vous ai établis afin que vous alliez, et que vous portiez du fruit, et que votre fruit demeure ». Jésus nous choisi encore aujourd’hui pour vous confier les clés du sens de la vie, ainsi que les armes d’un combat amoureux.

« Je ne vous appelle plus serviteurs, parce que le serviteur ne sait pas ce que fait son maître; mais je vous ai appelés amis, parce que je vous ai fait connaître tout ce que j’ai appris de mon Père».

Ces quelques phrases de l’Évangile nous donnent bien la teneur de ce qui se joue ce soir-là, entre Dieu et l’Homme ; elles nous disent l’enjeu de ce qui se transmet dans ce que nous appelons un Nouveau Testament.

Un repas particulier avons-nous dit… et une ablution.
Pas n’importe quel repas : celui de la Pâque juive où l’on se remémore, où l’on réactualise une première libération, un premier passage vers la liberté, une première Alliance scellée il y a déjà longtemps.
Et puis une ablution : pas n’importe laquelle non plus : celle qui préfigure un bain, et qui plus est, que le Christ accomplit à la façon d’un serviteur, se soumettant à la condition humaine comme un esclave le ferait face à son maître.

Dieu et l’Homme sont liés nous l’avions compris depuis la création du monde : deux partenaires pourrait-on dire, qui ne pourront plus s’ignorer au risque de perdre l’un et l’autre leur âme. Rassurez-vous : Dieu est Dieu, l’Homme est Homme : l’ordre protocolaire est respecté.
Mais ce que nous savions moins, c’était où se situerait le juste rapport entre eux, la juste relation entre ces deux protagonistes de l’Histoire. L’Homme-Dieu, le Christ, nous le fait découvrir, et par là même nous apprend à nous situer les uns envers les autres, nous apprend à vivre autrement les uns avec les autres.

« Comprenez-vous ce que je viens de faire pour vous ? Vous m’appelez “Maître” et “Seigneur”, et vous avez raison, car vraiment je le suis. Si donc moi, le Seigneur et le Maître,
je vous ai lavé les pieds, vous aussi, vous devez vous laver les pieds les uns aux autres. C’est un exemple que je vous ai donné
afin que vous fassiez, vous aussi, comme j’ai fait pour vous. »

Une attitude qui, pour être assumée pleinement, se doit d’être vécue par amour, seulement par amour, et jusqu’au cœur de la mort.

« Jésus sachant que le Père a tout remis entre ses mains » continue de tracer le chemin : symboliquement dans un premier temps au soir de la Cène, et de façon définitive au jour du Golgotha.

Mais ce service par l’Amour, il va donc l’accomplir de telle sorte qu’il soit aussi nourriture d’une humanité nouvelle : « Ceci est mon corps », Corps de l’Alliance Nouvelle ; prenez, mangez, nourrissez vous de cette relation nouvelle ; nourrissez votre vie à l’Amour dont mon corps est pétri. Tendez vos mains, laissez vous toucher et renouveler par ce que je viens de faire par Amour, pour chacun.
Je me donne à vous en ce pain, en ce vin, tout comme le Père a tout remis entre mes mains.

Ainsi donc est fondé ce lien inaliénable entre Dieu et l’Homme, entre Dieu et l’humanité désormais nouvelle ; le Christ nous entraîne dans ce service de la vie éternelle, nous assurant de sa Présence, de sa Victoire dans ce combat de l’Amour et du Pardon, tout en nous disant : c’est aussi entre vos mains que l’avenir de cette humanité est confié.

Nous te rendons grâce Seigneur pour ce chemin d’Amour, pour la confiance renouvelée envers celles et ceux que tu connais si bien, mais que tu ne saurais abandonner à la mort ; bien au contraire, tu nous veux associés à la construction du Royaume de ton Père.
JM Bardet