PARIS ET BERLIN S’OPPOSENT SUR LA ZONE EURO LA CROIX

Paris et Berlin s’opposent sur la réforme de la zone euro
Céline Schoen , 
0 0
Création d’un « super-ministre », d’un budget européen, pourquoi pas même d’un parlement de la zone… Les idées avancées par Paris pour le futur de la zone euro rencontrent l’hostilité de l’Allemagne.
Bruxelles

De notre correspondante

Entre Paris et Berlin, l’heure d’aborder les sujets qui fâchent a sonné. Lors de la séance de l’Eurogroupe, réunion des ministres des finances qui s’est tenue hier à Bruxelles, les positions de la France et de l’Allemagne au sujet du futur de la zone euro ont même semblé difficilement conciliables.

« La France fait partie de ces pays qui ont une vision plutôt fédératrice, qui ne sont pas frileux à l’idée de mutualiser les risques. L’Allemagne, au contraire, est fidèle au principe de la rigueur budgétaire : elle veut un encadrement plus strict, afin d’éviter toute forme de dérapage de ses dix-neuf membres », résume une source européenne.

Création d’un « super-ministre », d’un budget européen, pourquoi pas même d’un parlement de la zone… Paris fourmille d’idées. Au point que la Commission européenne a dû rappeler la priorité : parachever l’union bancaire avant de lancer d’autres projets.

Mais pour Emmanuel Macron, esquisser une capacité budgétaire pour la zone euro est certainement plus parlant, politiquement. « Nous avons besoin d’un budget plus fort au cœur de l’Europe, au cœur de la zone euro », avait lancé le président de la République dans son discours de la Sorbonne en septembre. Soucieux de ne pas froisser Berlin, il s’était toutefois gardé de détailler sa vision.

« Les Allemands considèrent que si les pays respectent les règles commu­nautaires, il n’y a aucune raison de créer un budget », explique Grégory Claeys, chercheur au sein du laboratoire d’idées Bruegel. Quant à l’idée de nommer un ministre, elle divise tout autant. « La France veut lui octroyer un rôle d’administrateur, tandis que l’Allemagne en ferait un super-flic », témoigne une source européenne.

« Le risque, c’est de voir un ministre établi pour faire plaisir à la France, sans qu’aucun pouvoir ne lui soit confié, poursuit Grégory Claeys. Or, une telle figure serait utile si elle était à la fois présidente de l’Eurogroupe, commissaire aux affaires économiques, responsable d’un petit budget de la zone euro et à la tête du Mécanisme européen de stabilité (MES). »

Le futur de ce MES, dispositif inventé pendant la crise grecque, est une autre pierre d’achoppement entre Paris et Berlin. Le ministre français des finances, Bruno Le Maire, ne cache pas son aversion à l’idée de mettre en place un instrument de restructuration automatique des dettes souveraines. À l’inverse, pour les Allemands, tout pays qui réclame l’aide du MES devrait passer par l’étape de la restructuration.

Plus encore, l’Allemagne souhaite confier au MES la surveillance des règles du pacte de stabilité et de croissance – actuellement assurée par la Commission. « Berlin ne fait pas confiance à la Commission. Les Allemands estiment qu’elle applique ces règles de manière trop politique, traduit Grégory Claeys.

L’Allemagne veut des règles strictes, tandis que la France pense qu’il restera toujours une part d’imprévu face à laquelle une politique souple est utile. »

Céline Schoen

Ce contenu a été publié dans Uncategorized. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.