Miséricordieux comme le Père

Miséricordieux, comme le Père

Miséricordieux comme le Père
Vous avez pu observer depuis un an cette iconographie, un peu partout. C’est le logo de la miséricorde. En fait bien plus qu’un logo, c’est une véritable icône de la miséricorde. Nous la devons à un artiste jésuite, le père Rupnik, qui souligne que la miséricorde demande de se faire voir plus que de s’enseigner.

Simplicité
A première vue, l’image parait presque simpliste (c’est effectivement une schématisation d’une mosaïque plus travaillée). Le père Rupnik s’est inspiré de l’évangile et des pères de l’Eglise pour cette œuvre commandée par notre institution ecclésiale.
Cette simplicité évoque presque un vide de sens au premier regard. Ce vide évoque une réalité profonde, c’est l’invisibilité apparente de Dieu dans notre quotidien. Notre vie, comme cette icône cache une vérité insondable.

Dynamisme
Le personnage principal est en pleine action et je vous invite à porter le regard sur ses pieds.
Ces pieds sont l’identité du personnage : les stigmates, signent pour tout chrétien, le nom de cet homme : c’est Jésus.

Souffrance
Ses pieds sont le signe de la souffrance qu’il a enduré et qu’il porte encore puisqu’il reste crucifié, comme l’indique la présence de la croix en ombre du mouvement de ses jambes. Il n’existe pas de souffrance qui lui soit étrangère ; quelle qu’elle soit. C’est passionnant de contempler cette icône après avoir vu le film sur Teresa de Calcutta, dans lequel se mêle étroitement les souffrances humaines : physique, mentale, sociale et spirituelle.

Des ténèbres à la lumière
L’image du personnage s’inscrit dans des ovales concentriques du plus foncé au plus clair. Déjà se lit un avenir dans cette souffrance. Effectivement l’auteur a voulu figurer l’élan de sortie des ténèbres que seul le Christ permet à l’homme.
L’action de cet homme Jésus est une action de service. Ces jambes sont en mouvement elles ont une énergie dont nous allons trouver la source et le sens en remontant notre regard sur leurs visages.

Dieu mon rocher
Dans son élan pour sauver cet homme, la brebis perdue, le Christ a pris appui sur sa croix, elle-même appuyé dans la lumière. Son rocher, son appui est ailleurs. Mais où ? Le regard va nous livrer une réponse.

Bienveillant
Pour cela il faut s’aider de la parole. L’icône cite l’évangile de Luc au chapitre 6, v 36 « Miséricordieux comme le Père ». Cette phrase est extraite du célèbre chapitre des béatitudes, chapitre très concret dans lequel se révèle une vérité active de la présence de Dieu dans les relations humaines. « Soyez miséricordieux comme votre Père » est placé entre « aimez vos ennemis » et « ne jugez pas » ; propos impossibles, irréalistes ? Non, pour y parvenir, le Christ nous montre la méthode, il nous la livre de façon aiguë, au moment de mourir quand il cite le psaume 30 : « en tes mains je remets mon esprit ». Ce psaume est le psaume de la confiance en Dieu, qui commence ainsi :
En toi, Seigneur, j’ai mon refuge …
Et continue :
Écoute, et viens me délivrer. Sois le rocher qui m’abrite
Ma forteresse et mon roc, c’est toi
Pour aboutir à la citation de Jésus en croix :
En tes mains je remets mon esprit
Ma force c’est toi

On comprend mieux que le regard et l’action sont liés. Si, je m’appuie sur Dieu, mon rocher, si c’est Dieu qui me conduit, c’est que j’ai son regard en moi. A l’image du Christ cela signifie que mes actions seront celle du Père.
Contemplons cette force dans les épaules du Christ, dans cette empoignade.
« Ma forteresse et mon roc c’est toi »
« Moi je suis sûr de toi, Seigneur… Mes jours sont dans ta main » Ps 30 16
Il ne lâche pas la personne secourue. Tel un pompier extrayant une personne de l’incendie, il y a de la confiance dans l’attitude.

Qui est cette personne que Jésus porte sur ses épaules ? : Tout blessé, tout souffrant, toute personne perdue ? Moi, peut-être ? Toutes les souffrances et les pauvretés comme nous l’a éclairé avec tant de force l’exemple de Térésa. Sur les épaules de Jésus, l’individu anonyme et perdu, devient une personne humaine qui sort des ténèbres vers la lumière. Puisqu’ici Jésus remonte avec elle des enfers. Il est allé jusque-là pour ramener à lui la brebis perdu.
L’inouï de Dieu va jusque-là et comme nous le rappelle Lc 6 36 : ne condamnez pas, pardonnez. Car Dieu pardonne tout. Nous contemplons ici la racine, l’origine et l’illustration de la miséricorde : Dieu choisi le pardon plutôt que le jugement comme l’avait déjà découvert le prophète Osée 11, 9.

Ne jugez pas
Mais qui est Jésus aujourd’hui, maintenant qu’il est remonté vers son Père et nous rendu notre dignité et donné un nom. A notre tour d’appliquer la méthode ? Luc nous livre le secret :
Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux.

Ne jugez pas, et vous ne serez pas jugés ; ne condamnez pas, et vous ne serez pas condamnés. Pardonnez, et vous serez pardonnés.
Donnez, et l’on vous donnera : c’est une mesure bien pleine, tassée, secouée, débordante, qui sera versée dans le pan de votre vêtement ; car la mesure dont vous vous servez pour les autres servira de mesure aussi pour vous. »

Les yeux du Père
Je terminerai par ce que nous remarquons très vite à la vue du logo : le regard de ces deux personnes :
Bienveillant, calme, confiant, mais quand même très bizarre : à la fois ils se regardent, et en même temps ils regardent autre chose ; Curieusement : à la fois tourné l’un vers l’autre et dans un lointain qui attire
Et surtout ils ont en commun cet œil qui les unit. Le Père Rupnik a su illustrer ainsi cette réalité de l’union de l’homme à Dieu pour un projet commun :
Le regard de Dieu passe par le regard de l’homme « Seigneur tu me guides,… Seigneur tu vois ma misère »
Le regard de l’homme passe par le regard de Dieu « Seigneur tu me guides…Sur ton serviteur que s’illumine ton regard »
Ils ont bien mis le cap sur le Père et en même temps, ils sont attentifs l’un à l’autre. Ils ont du souci l’un pour l’autre. Le transfert est en train de se faire. C’est le soin que nous avons lorsque nous sommes portés par le Christ. Le regard de Dieu passe par le regard de l’homme.

Ensembles promis à un avenir saint
Dans ce logo est illustrée tout le projet de Dieu et l’avenir de chacune et chacun comme de toute l’humanité. C’est l’illustration de l’avenir du monde qui passe par la sainteté c’est-à-dire d’enraciner nos vies dans l’homme attendri, apaisé et sauvé par la miséricorde de Dieu.
Dieu a pris le risque de nous associer à sa sainteté. C’est-à-dire de nous promettre un avenir auquel nous n’osions même pas espérer.

Conversion
Le secours du bon berger provoque chez l’être humain une profonde conversion (voir le bon larron). Il laisse derrière lui sa vie antérieure pour entrer dans une vie nouvelle dans celle du Christ. C’est une sorte de mort, c’est la mort du baptême. Laisser la place au Christ pour être la vie du Christ. Ce n’est plus moi qui vit c’est le Christ en moi. A la suite du Christ, qui par sa mort sur la croix, accède à la vie éternelle dans sa confiance au Père, nous marchons vers cette autre vie bienheureuse. L’Homme ainsi porté par le Christ accède à cette vie nouvelle. Rm 6, 4.

Communion
C’est une vérité joyeuse, épanouissante et pleine d’espérance, comme le donne à voir cette icône : nous entrons dans une dynamique de vie. En passant par la mort sur la croix, la puissance de sainteté de Dieu a fait renaître dans le Christ, toutes celles et ceux qui associent leur regard vers le Père et acceptent de se laisser porter.
Passons ainsi avec Jésus du « vivre pour soi-même »
Au « vivre pour le Christ »
« En tes mains Père, je remets mon esprit ».

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