MEDITATION IX – Pr JM DEZON

L’Eternel parla à Moïse et dit : « Parle à Aaron et à ses fils et dit : Vous bénirez ainsi les enfants d’Israël. Vous leur direz que l’Éternel te bénisse et qu’il te garde ; Que l’Éternel fasse luire sa face sur toi et qu’il t’accorde sa grâce ; Que l’Éternel lève sa face vers toi et qu’il te donne la paix. » C’est ainsi qu’ils mettront mon nom sur les enfants d’Israël et je les bénirai.
Voici donc ce beau passage tiré du chapitre 6 du livre des Nombres et verset 22 à 27 que la liturgie de l’église choisit comme la toute première lecture pour la première messe de l’année, le 1er janvier où l’on fait également mémoire de Marie célébrée comme Theotokos, c’est-à-dire Mère de Dieu.

Nous allons donc dans quelques heures pouvoir commencer cette nouvelle année, l’an 2021, avec une bénédiction, une bénédiction à recevoir et à donner. « Que l’Éternel te bénisse et qu’il te garde ». Voici donc comment les prêtres d’Israël depuis Aaron et ses fils bénissaient le peuple au cours des cérémonies liturgiques au temple de Jérusalem, formule qui fait partie du patrimoine chrétien désormais, puisque cette phrase du livre des Nombres figure parmi les bénédictions solennelles proposées pour la fin de la messe.

Alors je vous propose aujourd’hui de nous arrêter un peu sur ces quelques versets du Livre des nombres, Nombre au chapitre 6 et versets 22 à 27 ; et pour commencer je ne sais pas si vous avez remarqué mais ce texte est au singulier. Il n’y a pas marqué « que l’Éternel vous bénisse » mais « que l’Éternel te bénisse », toi, et qu’il te garde. Pourtant le texte insiste pour dire que la bénédiction est donnée à l’ensemble du peuple, mais elle est donné au singulier. C’est vrai que la dimension collective est importante, la dimension sociale d’une ville, d’un quartier, d’un pays, d’une église. Et Dieu bénit ces groupes de personnes qui s’entendent pour vivre ensemble. Mais Il ne nous bénit pas comme un troupeau ! La bénédiction de Dieu passe par l’individu et par sa liberté personnelle. D’ailleurs, dans les évangiles on voit souvent le Christ s’adresser à une foule, mais c’est l’individu qu’Il bénit et qu’Il appelle à se tourner vers Dieu. C’est l’individu, la personne même qu’Il guérit, qu’Il pardonne, qu’Il libère, qu’Il ressuscite.

Nous pouvons recevoir la bénédiction, nous l’attendons, mais pensons aussi que nous avons à la porter à tout ceux qui nous entourent. « Que l’Éternel te bénisse et qu’Il te garde ». Que l’Éternel te bénisse, c’est bien entendu l’essentiel et ça résume tout, mais le « qu’il te garde » est important parce qu’il ajoute une dimension de durée. Souvent les prophètes bibliques conseillent de garder l’alliance avec Dieu, et ce que nous promet ici l’Éternel c’est que sans condition, lui, notre Dieu, nous bénit et nous gardera, même si c’est unilatéral ; c’est comme ça que Dieu nous aime et c’est comme cela que nous pouvons bénir et garder ceux qui nous sont confiés, même quand ils nous déçoivent.

Le verset 25 s’énonce ainsi : « Que l’Eternel fasse briller son visage sur toi et qu’il t’accorde sa grâce ». Voilà la deuxième bénédiction à recevoir mais aussi à donner. Si parfois nous nous perdons un peu, nous pouvons, nous dit le texte, compter sur la grâce de Dieu : « qu’Il t’accorde sa grâce ». Cette grâce qui par définition n’est pas pour ceux qui seraient parfait, mais pour ceux qui se sont un peu ou beaucoup perdu. Seule cette grâce permet d’oser la liberté que Dieu veut pour chacun.

Au verset 26 : « Que l’Éternel lève son visage vers toi et qu’il te donne la paix ». Voilà la troisième bénédiction que nous pouvons recevoir et donner. Que l’Éternel lève son visage et qu’il te donne la paix. Incroyable formule au point qu’elle a souvent été changée en : Que l’Éternel tourne son visage vers toi, au lieu de : Que l’Éternel lève son visage vers toi. Car quand on doit lever la tête pour regarder quelqu’un, c’est que l’on est en dessous de lui, alors comment est-ce que Dieu serait ainsi plus bas que nous ? Et c’est ce qui a pu choquer certains théologiens attachés à l’idée d’un Dieu qui ressemblerait plus à Zeus qu’au Dieu de la Bible. Pourtant en Jésus-Christ nous voyons que Dieu se fait notre serviteur pour nous sauver.

Quand le Christ se met à genoux pour laver les pieds de ses disciples, c’est pour nous dire que Dieu se fait notre serviteur, bien que le Christ soit, nous dit Saint-Jean au chapitre 13, le Maître et le Seigneur. Jésus nous montre ainsi que Dieu se place au-dessous de nous pour nous porter sur ses épaules quand c’est nécessaire. Pensons à la parabole de la brebis égarée que le bon berger vient prendre et qu’il met sur ses épaules, en Luc 15. Eh oui ! Bien souvent l’Éternel lève, peut lever son visage vers nous et nous pacifie. Dieu aide ainsi en se plaçant tantôt au-dessus pour éclairer et tantôt en-dessous pour porter. Puissions-nous accueillir cette bénédiction du livre des Nombres.

Si vous souhaitez la reprendre, la méditer, vous la trouverez donc à l’intérieur de cet ensemble qui forme le Pentateuque ; ce sont les cinq premiers livres qui forment la Torah, donc c’est au chapitre 6 du livre des Nombres, les verset 22 à 27. Puissions-nous accueillir cette bénédiction, non seulement pour nous-même mais aussi pour pouvoir la porter aux autres tout comme Moïse l’a reçue de Dieu, afin que les prêtres la disent à leur tour sur le peuple. Et comme en contrepoint de cette bénédiction du livre des Nombres, entendons, accueillons aussi ce chant du psaume 66 que nous propose également la liturgie du 1er janvier.

Psaume 66, les versets 2 à 7 :
Que Dieu nous prenne en grâce et nous bénisse, que son visage s’illumine pour nous ;
et ton chemin sera connu sur la terre, ton salut, parmi toutes les nations.
Que les peuples, Dieu, te rendent grâce ; qu’ils te rendent grâce tous ensemble !
Que les nations chantent leur joie, car tu gouvernes le monde avec justice ;
tu gouvernes les peuples avec droiture, sur la terre, tu conduis les nations.
Que les peuples, Dieu, te rendent grâce ; qu’ils te rendent grâce tous ensemble !
La terre a donné son fruit ; Dieu, notre Dieu, nous bénit.
Que Dieu nous bénisse, et que la terre tout entière l’adore !

Et bien à chacun et chacune de vous, à vos familles, souhaitons une belle et sainte paisible année 2021.
Que Dieu nous bénisse et qu’Il nous garde, qu’Il lève sur nous son visage.

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