HOMELIES PAQUES 2016

Quel chemin parcourons-nous en cette nuit de Pâques ! Quel itinéraire surprenant empruntons-nous, en vivant ce temps si particulier !

Ce fut tout d’abord l’acte de création qui aura été évoqué (Gn 1, 1 – 2, 2) : l’homme en surgit comme le fruit du grand désir de son Dieu créateur.

Puis, seconde création (Ex 14, 15 – 15, 1a) : celle d’un peuple trouvant son identité dans l’acte de libération que réalise son Dieu : fuyant l’Égypte, il connaît alors la joie de la liberté, foulant le sol de la Terre Promise.

Ensuite, cet autre désir : celui du Dieu de l’Alliance, invitant l’homme à entrer dans sa fidélité inconditionnelle. (Is 54, 5-14)

Enfin, cette promesse si précieuse (Ez 36, 16-17a.18-28) : « Je vous donnerai un cœur de chair, je mettrai en vous mon esprit » afin que vous possédiez pleinement la vie abondante et heureuse que je veux vous donner.

 C’est peu dire que, tout au long de l’histoire biblique, il s’agit d’un long et lent travail d’enfantement. Enfantement dans lequel on reconnaitra d’une part, la volonté de Dieu de donner la vie et l’existence ; et d’autre part, on constatera une multitude d’égarements, de dévoiements, d’errements, de chutes du coté de l’homme, pourtant objet de toute l’attention de son Créateur.

En somme, la vie de Jésus Christ va venir résumer étonnamment ce chemin, et sa Passion l’illustre au plus au point. Saint-Paul (Rm 6, 3b-11) ressaisit tout cela en quelques mots, que je résume sans doute maladroitement : par l’Amour Créateur de son Père, Jésus Christ nous affranchi du mal et de la mort.

En prenant notre nature mortelle, Jésus, Dieu lui-même, va affranchir toute l’humanité de ce qui la détient prisonnière : le mal et la mort. Lui-même aura vécu cet affranchissement, sans d’ailleurs s’être dédouané de l’expérience de la mort, de l’expérience d’une humanité si souvent douloureuse.

Et nous qui aspirons à ce même affranchissement, comment pourrions-nous prétendre nous tenir à l’écart de notre condition humaine, du monde qui est le notre, des détresses de notre siècle. Pourtant, que d’artifices déployions-nous pour échapper à ces réalités si lourdes à porter : insouciant ou inconscient de l’épaisseur de l’existence, ou encore accablé par celle-ci, l’être humain tente souvent de fuir pour échapper à cette condition mortelle. Et le fanatisme religieux n’est pas le moindre de ces artifices…

La résurrection de Jésus va venir manifester cet affranchissement définitif. Mais il reste profondément mystérieux : le tombeau vide au matin de Pâques en donne d’ailleurs toute la mesure.

Un affranchissement qui va trouver les racines de sa révolution au plus profond de la terre, là où rien n’est visible, là où tout demeure discrètement caché ; entrailles de la terre, ou profondeur du cœur de l’homme : ce même terrain de prédilection où l’œuvre de Dieu va pouvoir  s’ensemencer.

Celui qui, au petit matin, sera confondu avec le jardinier par Marie-Madeleine, n’avait-il pas déjà laissé percevoir ce grand mystère par la belle image du grain de blé tombé en terre ?

La présence de Dieu dans l’histoire des hommes s’est révélée par un enfouissement toujours plus intense, toujours plus déterminant, jusqu’à ce qu’il en vienne à visiter les dessous de notre humanité, allant jusqu’à embrasser l’humus de la tombe humaine, en y déposant le germe du Pardon.

Et c’est là, la clé de notre Joie, de notre Espérance Pascale : Il aura accompli cela par la détermination d’un Amour inconditionnel. C’est bien cette étincelle-là, qui seule peut retourner le cœur de tout homme, peut travailler en profondeur le terreau de notre condition humaine. C’est bien là l’œuvre de transfiguration qui resplendit au centre de cette fête Pascale.

Nous avons tous conscience que notre monde est en profonde souffrance, si bien que nous en oublions trop souvent les si précieuses étincelles qui déjà resplendissent dans des actes, des paroles, des regards habités par l’Espérance.

Oui le monde a besoin d’être retourné, d’être labouré, d’être ensemencé par cet Amour, bouleversant et transformant la vie.

Peut-être nous sommes-nous déjà laissé un peu travailler par cette fameuse miséricorde, cet amour qui anime Dieu aux tripes, frémissement de ses entrailles pour tout être humain en détresse.

Le chemin de Pâques est chaque année l’occasion pour nous d’accueillir cet Amour. Et si par notre vie chrétienne, nous avons déjà été plongés dans cet Amour, il n’en reste pas moins nécessaire et vital d’accueillir à chaque instant l’œuvre de miséricorde que réalise Dieu pour chacune et chacun d’entre nous, dans la présence de son Fils et sa résurrection.

Ainsi véritablement nous saurons chanter « Alléluia » et rendre gloire à Dieu : il veut nous libérer de toute mort, il veut nous permettre de briller de cette résurrection, là où la mort semble encore et toujours victorieuse.

Recevons ce levain, laissons monter la sève du Sang de l’Alliance Nouvelle. Et nous saurons réconforter nos frères qui trop souvent désespèrent : Oui ! L’Homme demeure vivant à tout jamais, grâce à l’Amour de Dieu : le Ressuscité nous le redis encore aujourd’hui !

JM Bardet


Cendres 2016 – Ste Catherine – Briançon

A une période où dans notre pays, la question de la cohésion nationale semble être un leitmotiv incontournable, il est effectivement indispensable de prendre la mesure d’un réel effritement social, d’une désagrégation des liens, d’une balkanisation que génèrent les communautarismes.
Mais il nous faut aussi savoir regarder et rendre grâce pour tant d’efforts silencieux, tant d’édifications discrètes qui se réalisent autour de nous, et dans bien des endroits.

Alors, il nous est donné le carême comme un temps de laboratoire pour mettre en œuvre ce que l’Esprit Saint voudra bien nous inspirer, en nous maintenant au « désert ».

Le carême, ce pourrait être une invitation à faire corps :
Faire corps, non pas pour incarner une opposition frontale et guerrière avec un monde que nous percevons si souvent hostile. Faire corps, parce qu’un corps disloqué c’est un corps souffrant, c’est un corps qui frôle à tout instant la mort et la désespérance.

Une expression plus juste que nous pourrions employer serait :
« Se laisser faire corps » ; drôle d’expression ! Mais la concrétisation de cette expression est à coup sûr célébrée au jour de Pâques, où le Père redonne Corps à son Fils d’une façon définitive ; et ce faisant, Il nous incorpore de surcroit à cette humanité Une, Nouvelle et Sainte.

Et c’est bien parce que la Pâques du Christ est accomplit définitivement que notre carême s’apparente à une quête : quête d’une disponibilité toujours plus grande pour accueillir les fruits de Pâques. Peut-être même, serons-nous rendus capables de nous associer, pour le bien du monde d’aujourd’hui, à ce chemin-de-croix où l’Amour divin est à l’œuvre, comme la seule réalité qui redonne Corps et Cœur à l’être humain.

Pour cette traversée du désert avec le Christ, la miséricorde sera notre carburant. La miséricorde : l’essence même du cœur de ce Dieu désirant enflammer chaque acte de notre quotidien.

Pour cela, une recommandation ; elle se décline par trois attitudes en ce jour, dans l’Évangile : le jeûne, la prière et l’aumône. Et pour résumer cette unique recommandation : « Tout ce que vous faites, faites-le par Amour ». Non par gloriole, non par héroïsme volontariste, non par un devoir asséchant, mais par Amour.

Durant ce carême, prenons soin de ce Corps que le Seigneur nous a confié : c’est le sien, c’est l’Église.
Prenons soin de nous, de nos relations fraternelles : elles ne demandent qu’à s’approfondir.
Et, prenant ainsi soin de la Communauté, c’est un Corps plus lumineux, plus glorieux, qui pourra être présent à notre société, par le biais de chacun de ses membres que nous sommes.
C’est un Corps plus joyeux qui pourra soulager les lourdes difficultés des plus fragiles d’entre nous.
C’est un Corps plus conscient de sa vulnérabilité et de sa faiblesse, qui saura se tourner vers les plus pauvres avec la compassion même du Christ pour ses frères.

Un temps nous est donné : celui du combat spirituel, afin que l’Amour du Seigneur devienne toujours plus le ferment de nos vies.

JM Bardet

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