Les évêques, pour un débat « serein » sur la bioéthique

LA CROIX – Céline Hoyeau , le 21/03/2018

Lors de l’Assemblée plénière des évêques s’ouvrant hier à Lourdes, l’archevêque de Marseille, Mgr Georges Pontier, a plaidé pour une société qui prenne en compte la fragilité humaine.

Lourdes

De notre envoyée spéciale

Alors que les états généraux de la bioéthique organisés depuis janvier dans toute la France rencontrent une forte affluence et cristallisent – pour certains – l’inquiétude d’une possible légalisation de la GPA ou de l’euthanasie, les évêques entendent prendre leur place « sereinement » dans les débats. « Le plus grand service à rendre est de favoriser une réflexion permettant au plus grand nombre de dépasser des évidences trompeuses », a souligné hier matin Mgr Georges Pontier, archevêque de Marseille et président de la Conférence des évêques de France (CEF).

Ouvrant leur Assemblée plénière à Lourdes, il a d’emblée dessiné la vision que porte l’Église catholique : celle d’un monde « fraternel (…) où personne n’est laissé seul », qui s’oppose à un monde où « le ”chacun pour soi” se construirait sur le destin des autres ». Se voulant « les défenseurs de tout être humain », les évêques ont rappelé, par la voix de leur président, les deux valeurs fondamentales à ne pas perdre de vue dans ces débats, quels que soient les progrès scientifiques : le respect de la dignité de tout être humain, qui « ne dépend ni de la fragilité de sa vie commençante, ni de la faiblesse de son existence finissante ». Et la solidarité qui unit les hommes entre eux, car « nous sommes des êtres humains confiés les uns aux autres du tout début jusqu’à la fin naturelle de notre existence terrestre ».

Au nom de ces valeurs, Mgr Pontier a rappelé les balises au début et à la fin de la vie, invitant au « principe de précaution ». Concernant la recherche sur l’embryon, autorisée depuis 2004, il a réaffirmé qu’il « ne peut être considéré comme un matériau disponible pour des recherches ou des expériences qui ne respecteraient pas sa dignité profonde ». Face à la tentation de l’euthanasie – « le signe du désespoir et d’une solitude profonde » –, il a relevé que c’est en l’absence de solidarité que « des solutions de mort sont alors envisagées et même présentées comme des solutions de progrès et de liberté ». Plus largement, il a mis en garde contre le risque d’une société « où l’eugénisme deviendrait légitime, (…) où l’on ne saurait plus reconnaître ce que nous apportent ceux et celles qui sont fragiles, âgés, dépendants ».

« Nous ne devons pas perdre de vue la prise en compte de la faiblesse humaine, a appuyé à la sortie de l’hémicycle Mgr Pascal Wintzer, archevêque de Poitiers. Que ce soit les embryons, les personnes âgées, mais aussi les migrants et notre société qui se sent mise à mal, pas capable de les accueillir… » « Lorsque nous abordons sereinement, de manière décrispée l’anthropologie chrétienne, nous voyons bien qu’elle rejoint les aspirations profondes de notre société », constate de son côté Mgr Jean-Luc Brunin, évêque du Havre.

Mais pour cela, il est important, ajoute Mgr Wintzer, de «dépasser les slogans, et de donner la parole à des témoins, parmi les praticiens, les couples concernés, etc. » Lui-même interviendra le 28 mars avec trois médecins lors d’une rencontre organisée dans son diocèse dans le cadre des états généraux. La plupart des diocèses se sont, de fait, emparés de ces questions. « Elles ne doivent pas être laissées aux spécialistes, il faut que chacun selon son prisme, son métier, sa vie, puisse d’une manière ou d’une autre s’engager dans ces états généraux, afin que plus aucun catholique ne puisse dire ça me dépasse” », exposait aux journalistes, le 6 mars, Mgr Pierre d’Ornellas, responsable du groupe de travail de la CEF sur la bioéthique.

Ces débats sur la dignité de toute vie humaine ont rencontré une résonance particulière il y a quelques semaines dans le monde catholique, lorsque à l’occasion de la Marche pour la vie, un responsable du Mouvement rural de jeunesse chrétienne a présenté l’avortement comme un « droit fondamental ». Les évêques, qui s’étaient pour certains exprimés publiquement, sont revenus sur cet épisode hier matin pour « s’expliquer franchement, en vérité », selon un participant. Ils ont mis sur la table les questions de « la clarification du rôle des aumôniers », de « l’identité des mouvements », de « la pluralité dans l’Église – légitime, mais jusqu’où ? » –, de « la traçabilité des dons » mais aussi «du besoin de formation pour ces mouvements et leurs permanents ». Avec une attention à ne pas stigmatiser ni condamner – «Nous ne sommes pas une Église de parfaits », a rappelé Mgr Pontier – mais à « soigner l’accompagnement des jeunes en particulier ».

Céline Hoyeau
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