Les demandes de cathécuménat bousculent l’église

La hausse du nombre de catéchumènes adultes vivant des situations matrimoniales de plus en plus « complexes » pose de nombreuses questions aux responsables catholiques.
Une journée d’études était organisée la semaine dernière à l’Institut catholique de Paris pour faire le point et essayer d’ouvrir des pistes.
Une célébration de l’Appel, en mars dernier. De nombreux catéchumènes qui frappent à la porte de l’Église n’ont aucune idée de ses règles en matière de mariage, de concubinage. ZOOM
Une célébration de l’Appel, en mars dernier. De nombreux catéchumènes qui frappent à la porte de l’Église n’ont aucune idée de ses règles en matière de mariage, de concubinage. / Michael Bunel/Ciric
Comment accueillir ces adultes, de plus en plus nombreux, qui demandent le baptême ? Et surtout, que faire lorsque leur vie matrimoniale n’est pas conforme aux règles fixées par l’Église ? Les accompagnateurs savent les souffrances des catéchumènes à qui le baptême a été refusé. « Une jeune femme qui demandait le baptême n’a pas pu le recevoir car elle était mariée avec un divorcé, se souvient la responsable du catéchuménat dans un diocèse du sud-est de la France. Le pire est que sa situation a été découverte juste avant l’appel décisif. Depuis, elle a rejoint une Église évangélique. »

L’Institut catholique de Paris (ICP) a choisi de prendre le sujet à bras-le-corps, en organisant mardi dernier une journée d’études (1) sur les « approches canoniques et pastorales concernant les situations matrimoniales » des catéchumènes. Dans l’assemblée, de nombreux responsables du catéchuménat qui, tous, ont été confrontés à cette difficulté et cherchent des réponses, ou au moins des pistes de réflexion. D’autant que dans le sillage de l’exhortation apostolique Amoris laetitia sur la famille, le pape François appelle à trois attitudes : « accueillir », « accompagner » et « discerner ».

« Je crois que nous devons être le plus accueillants possible et accepter de prendre du temps pour aider les gens plutôt que d’appliquer scrupuleusement un règlement », estime Annick Van Styvendael, déléguée interdiocésaine pour le catéchuménat, venue de Savoie. Très éloignés de l’Église, parfois imprégnés d’une autre culture, de nombreux catéchumènes qui frappent à la porte de l’Église n’ont aucune idée de ses règles en matière de mariage, de concubinage, et plus souvent encore ne comprennent pas le rapport avec leur demande de baptême. D’autant que c’est parfois la situation de leur conjoint ou concubin qui « bloque » leur entrée dans l’Église…

Comme Catherine Chevalier, responsable du service diocésain du catéchuménat de Versailles, les accompagnateurs, au départ enthousiastes, peuvent aussi être déboussolés : « Le risque est de passer de la joie à la peur et d’être dans l’examen anxieux des situations matrimoniales, comme des agents de douane pastorale. » Vice-doyen de la faculté de droit canonique de l’ICP, le père Cédric Burgun rappelle que, en se focalisant sur les questions matrimoniales et ce qui se « passe sous la couette », on en oublie d’autres sujets, sociaux, politiques… qui peuvent eux aussi être incompatibles avec le baptême. Une précision saluée par des applaudissements spontanés d’une partie de l’assemblée.

Quelles réponses concrètes l’Église peut-elle offrir ? Tenter de faire constater l’invalidité de son mariage est parfois une piste à proposer. Mais le père Cédric Burgun reconnaît qu’« il existe des cas où il n’y a pas de baptême possible. Certaines situations peuvent, pour un temps, se révéler insolubles. Jésus lui-même s’est trouvé face à cette impossibilité », poursuit le canoniste, en référence à l’échange du Christ avec le jeune homme riche (Matthieu 19, 16-22).

Les réponses juridiques ne sont pas toujours adaptées. Pour éviter les situations d’échec, le père Laurent Tournier insiste sur la période du précatéchuménat pour une première familiarisation avec la foi. Citant le décret conciliaire Ad gentes, il assure que la conversion doit entraîner « un changement progressif de la mentalité et des mœurs ». « Les gens sont mis devant des choix difficiles qui peuvent aller jusqu’au changement radical de vie, assure-t-il. Certaines situations peuvent être résolues avant l’entrée en catéchuménat », tandis que d’autres se régleront progressivement, avec l’appropriation de l’Évangile.

Dans la lignée d’Amoris laetitia et la volonté d’une « attention pastorale miséricordieuse et encourageante », les équipes de catéchuménat cherchent à dépasser un rapport à la loi trop rigide. « Il serait trop simple de suivre un choix binaire oui-non, souligne le père Laurent Tournier. Le pape nous invite d’abord à accompagner, à instaurer une relation de confiance puis de voir jusqu’où on peut aller. »

Arnaud Bevilacqua

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