Arnaud Beltrame, profondément gendarme, profondément croyant

Pour tous ceux qui l’ont côtoyé, son engagement de militaire était indissociable de sa foi catholique.

Hommage à Arnaud Beltrame à la gendarmerie nationale d’Issy-les-Moulineaux, en région parisienne. / C. Platiau/Reuters

À quelles convictions Arnaud Beltrame a-t-il obéi lorsqu’il s’est substitué, vendredi, à l’otage du Super U de Trèbes et livré aux mains du terroriste ? Depuis une semaine, le parcours personnel et spirituel du lieutenant-colonel nourrit de nombreuses conjectures, mêlant assertions vérifiées et tentatives de récupération un peu rapides. Héros républicain, martyr à porter sur les autels… La trajectoire complexe et atypique d’Arnaud Beltrame, à la fois fervent catholique et membre de la franc-maçonnerie, échappe pourtant à une classification hâtive.

« Il se sentait intrinsèquement gendarme. Pour lui, être gendarme, ça veut dire protéger. Mais on ne peut comprendre son sacrifice si on le sépare de sa foi personnelle, affirmait sa femme, Marielle, interrogée par La Vie deux jours après la mort de son mari. C’est le geste d’un gendarme et le geste d’un chrétien. Pour lui, les deux sont liés, on ne peut pas séparer l’un de l’autre. »

Sa foi chrétienne l’a-t-elle aidé à prendre cette décision ? Une chose est sûre, Arnaud Beltrame vivait intimement sa vocation militaire et sa foi, discrète et profonde. Il a grandi dans une famille peu pratiquante. C’est à la faveur de sa participation au Pèlerinage militaire international, à Lourdes, en 2006, qu’il serait venu peu à peu à la foi. Il se rend alors régulièrement à l’abbaye cistercienne de Timadeuc, non loin du village maternel. Ayant fait une « rencontre personnelle avec le Christ », vers l’âge de 33 ans, Arnaud Beltrame demande alors à rejoindre le parcours catéchuménal de la paroisse de Rueil-Malmaison (Hauts-de-Seine) : baptisé enfant, il recevra en avril 2009 la première communion et la confirmation.

« J’étais toujours étonné lors des cérémonies officielles car il n’hésitait pas à se déplacer pour communier même s’il portait l’uniforme », confie le père Marie-Bernard Seigneur. Curé d’Avranches (Manche) lorsque Arnaud Beltrame assurait le commandement de la compagnie, de 2010 à 2014, il se souvient d’un chrétien discret, présent dans l’assemblée le dimanche ou, le samedi soir, à la messe de la maison de retraite, et qui venait se recueillir dans l’église, en journée. Il rendait aussi souvent visite au fils d’un ami, handicapé à la suite d’un accident de la route. Chaleureux et enthousiaste, randonneur et pèlerin dans l’âme, Arnaud Beltrame avait fait le tour de la Bretagne à pied et marché vers Compostelle avec son père, enterré le 16 mars dernier.

« Il ne s’est jamais posé la question de la vocation religieuse, en revanche, notre style de vie le fascinait, au même titre que son engagement militaire, car ce sont des vies où on se donne de manière absolue », se souvient le père Benoît, abbé de Timadeuc, alors sous-hôtelier. « Il y avait chez lui, se souvient un autre cistercien, frère Étienne, ce mélange étonnant de l’enfant émerveillé devant ce qu’il avait découvert, et du décideur qui mettait le paquet pour résoudre les affaires, exigeant avec ses hommes comme avec lui-même mais très humain. Pendant les quatre années passées à Avranches, les chiffres de la délinquance ont baissé et il en était très fier. »

À trois reprises, il passe une quinzaine de jours à l’abbaye pour préparer le concours de l’École de guerre, sans succès. Un coup dur pour cet homme brillant. C’est peu après, à la suite d’un pèlerinage en 2015 à Sainte-Anne-d’Auray « où il demande à la Vierge Marie de rencontrer la femme de sa vie », selon le père Jean-Baptiste, chanoine de Lagrasse qui l’accompagnait depuis deux ans, qu’il fait la connaissance de sa future femme, Marielle.

Ils se fiancent l’année suivante à Pâques à Timadeuc et se marient civilement en août. Ancienne bénévole de l’association À bras ouverts, qui accueille des enfants handicapés, elle a suivi l’école d’évangélisation de Paray-le-Monial, avant de servir pendant trois ans chez les franciscains du Bronx à New York. Depuis la mutation du gendarme dans le Sud, ils participaient à un groupe de foyers Notre-Dame-de-Cana, rattaché à l’abbaye de Lagrasse à laquelle ils étaient très liés. Leur mariage religieux, qu’ils y préparaient, devait être célébré le 9 juin. En pleine Semaine sainte, ses obsèques religieuses seront célébrées aujourd’hui. « C’est avec beaucoup d’espérance, soulignait Marielle, que j’attends de fêter la résurrection de Pâques avec lui. »

Céline Hoyeau
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