Assomption 2018

Messe de l’Assomption de la Vierge Marie
Mercredi 15 août 2018
Tricentenaire de la Collégiale de Briançon

 Homélie par Mgr Bernard BARSI
Archevêque de Monaco

En communion avec l’Eglise universelle nous célébrons aujourd’hui l’Assomption de la bienheureuse Vierge Marie.

Cette solennité prend un caractère particulier à Briançon car, en ce jour, nous honorons, celle qui avec St Nicolas est la patronne de la collégiale. Le grand tableau du peintre haut-alpin Louis Court au centre du chœur de la collégiale rappelle l’événement de l’Assomption, la montée au ciel, avec son âme et son corps, de la Vierge Marie.

Ce 15 août 2018 est celui du 3° centenaire de la fin des travaux de sa construction de la collégiale. 300 ans au service du Seigneur et du peuple chrétien de Briançon ne pouvaient ne pas être marqués d’une façon exceptionnelle.

Permettez-moi de féliciter l’association « La Collégiale Tricentenaire » qui en collaboration avec le Service du patrimoine de la ville de Briançon et la paroisse a préparé un programme très diversifié : concerts, représentations théâtrales et chorégraphiques, conférences, visites insolites, célébrations religieuses, créations artistiques ont permis ou vous permettront de découvrir et de redécouvrir ce joyau architectural de votre cité. Une prochaine messe télévisée fera connaître à toute la France, la collégiale, Cet édifice, aux confins de la France visible de toutes les vallées qui se rejoignent dans la Durance, veille depuis trois siècles sur le Briançonnais.

La collégiale de Briançon a pour fonction première de servir au culte catholique mais son histoire est étroitement liée au destin de votre ville. Vauban, chargé par le roi Louis XIV de défendre les frontières de la France va reconstituer les fortifications de la ville et y inclure la nouvelle église paroissiale car l’ancienne hors des murs avait été rasée pour des raisons stratégiques. Il faudra dix-huit années de péripéties et d’efforts pour aboutir à la bénédiction de l’église, le 21 novembre 1718. Il faudra également beaucoup d’énergie, et de courage pour entretenir ce bâtiment afin qu’il traverse les siècles sans trop de dommage. Merci aux administrateurs d’hier et d’aujourd’hui, les services de l’Etat français, la commune et la paroisse d’avoir su sauvegarder cette belle collégiale désormais classée parmi les monuments historiques.

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Frères et sœurs, arrêtons-nous un instant sur le rôle et la fonction d’une église, bâtiment fait de pierres, de sable, de chaux, de fer et de bois. Une église est avant tout la demeure de Dieu au milieu des hommes. Elle est le signe que Dieu est proche de son peuple, qu’il partage les joies et les peines de l’humanité. Tous ceux et celles qui voient l’église sont invités à se rappeler la dimension spirituelle de leur existence : « l’homme ne vit pas   seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu ». Ses tours-clochers, comme les doigts d’une main montrant le ciel indiquent le but de toute vie humaine : aller vers Dieu, être pour toujours avec lui, dans l’amour.

Les évangiles signalent qu’un jour, à Jérusalem Jésus a chassé les vendeurs et les marchands du temple : « Ma maison sera appelée maison de prière. Or vous, vous en faites une caverne de bandits ». Une église est donc une maison de prière, un lieu saint d’où est proscrit tout usage profane.

Dans la liturgie, on trouve un très beau texte pour la bénédiction d’une église. J’en lis quelques extraits car ils me semblent bien donner tout son sens à la maison de Dieu, maison de prière : « Seigneur, accorde à tous les fidèles qui se rassembleront dans cette église d’accueillir ta parole, de participer à tes mystères et de saisir ainsi la présence vivante de ton Fils qui a promis d’être au milieu des croyants rassemblés en son nom ».

L’église est le lieu où la communauté chrétienne se rassemble afin d’entendre la parole de Dieu, prier en commun, vivre les sacrements et célébrer l’Eucharistie. C’est le lieu où elle partage ses joies avec les baptêmes, les communions, les mariages mais aussi ses peines, lorsqu’elle accompagne à sa dernière demeure ici-bas un de ses fidèles.

Une église est construite avec des matériaux mais elle surtout construite avec des chrétiens qui en sont les pierres vivantes.

Sans ces pierres vivantes une église n’est plus la maison de Dieu, la maison du peuple qui s’y rassemble pour prier, elle devient dans ce cas un lieu vide, à la rigueur un beau musée que l’on visite, une salle de réunion quelconque mais elle a perdu son âme et sa vocation.

En ce jour de fête, demandons au Seigneur de nous aider à être de vraies pierres vivantes, des membres actifs de son peuple. Que le Seigneur nous donne d’habiter cette collégiale en répondant à l’appel des cloches qui nous invitent à la prière commune. Que le Seigneur nous accorde la grâce et la joie de former une assemblée unie par la foi, l’espérance et la charité afin de travailler ensemble à l’unité de la communauté, pour qu’elle soit dynamique et rayonnante, accueillante à tous, en particulier aux plus pauvres et aux plus petits. Jésus nous stimule lorsqu’il nous dit : « À ceci, tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples : si vous avez de l’amour les uns pour les autres. » (Jn 13,35).

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Aujourd’hui, nous célébrons l’Assomption de la Vierge Marie. Au terme de sa vie terrestre, la Mère de Jésus a été élevée avec son corps et son âme au Ciel, c’est-à-dire qu’elle est entrée dans la gloire éternelle de Dieu.

Aujourd’hui, l’Eglise est dans la joie et dans l’espérance car Marie anticipe ce que nous serons un jour. Marie est la première créature humaine à entrer dans la vie éternelle de Dieu. Elle préfigure notre destinée. Nous aussi, nous sommes appelés à devenir des vivants car le Christ ressuscité a vaincu la mort.

Avec Elisabeth, chantons et proclamons : « heureuse celle qui a cru à l’accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur ». Rendons grâce pour cette mère que Jésus nous a donnée sur la croix. La Vierge Marie est constamment attentive aux besoins spirituels et matériels de ses enfants. Elle prie pour nous, maintenant et à l’heure de notre mort. Elle est près de nous, elle nous invite à vivre l’Evangile. En parlant de Jésus, elle nous dit comme aux serviteurs de la noce de Cana : « « Tout ce qu’il vous dira, faites-le. »

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Méditons le Magnificat où Marie laisse éclater son action de grâce : « Le Puissant fit pour moi des merveilles ». Marie témoigne de sa foi profonde, de son adhésion au plan de salut de Dieu qui passe par sa disponibilité.

Sa foi ne l’empêche pas de voir le monde tel qu’il est : violence des tyrans, orgueil des riches, cupidité de ceux qui refusent de partager et affament les pauvres. Toutefois, Marie croit et proclame que Dieu n’abandonne pas son peuple. Il vient au secours des humbles et des pauvres. Il étend sa miséricorde sur ceux qui l’aiment et le servent. Il se souvient de son amour, de sa promesse. Marie est une femme de foi et d’espérance, elle ne s’évade pas du monde, elle sait que Dieu n’abandonne jamais les siens.

La foi de Marie est une foi en action. Elle ne se contente pas d’écouter la Parole de Dieu, elle la met en pratique. Sa foi la conduit à marcher à la rencontre de Dieu et à la rencontre des hommes et des femmes de son temps.

La route de Marie, son pèlerinage sur cette terre ne s’est pas arrêté avec sa mort.  Préservée de la dégradation du tombeau, elle qui avait porté en son sein, le Christ Jésus, franchit directement le seuil du Royaume de Dieu. Elle avait porté dans ses bras, l’enfant Jésus, désormais c’est Dieu qui lui ouvre ses bras et l’accueille auprès de Lui.

Nous qui sommes baptisés, plongés dans la vie de Dieu, mettons-nous en route, mettons-nous en chemin à la suite de Jésus et de la Vierge Marie, marchons vers la destination qui nous attend : la gloire et le bonheur d’être avec Dieu.

Ecoutons et mettons-en pratique la Parole de Dieu. Dans ce monde de violence et de souffrances, dans ce monde où tant de belles choses se réalisent : gestes de partage de solidarité, d’accueil des plus démunis, de réconciliation, soyons des hommes et des femmes, des chrétiennes et des chrétiens animés par leur foi au Dieu de Jésus-Christ. Allons à la rencontre de celles et ceux qui sont loin de la foi, qui ne connaissent pas ou qui connaissent mal le Christ. Suivre et faire connaître Jésus à tous, voilà notre vocation chrétienne.

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En terminant, je forme des vœux pour la paroisse de Briançon et les communautés chrétiennes des hautes vallées de la Clarée, de la Durance et de la Cerveyrette.

Je souhaite que cette collégiale, maison de Dieu et du peuple chrétien, devienne toujours plus une maison de prière où grâce à l’évangile et à l’eucharistie se bâtit un monde plus fraternel pour lequel Jésus a offert sa vie sur la croix.

Que les pierres vivantes de cette église chantent toujours la gloire de Dieu ! Que la Vierge Marie, Notre-Dame de l’Assomption nous guide et nous accompagne de sa tendresse maternelle. Elle nous tend la main pour nous conduite à son Fils Jésus.

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En ce jour de l’Assomption n’oublions pas la douleur de l’Italie et de la ville de Gênes, une cité déjà frappée de plusieurs événements dramatiques.

Prions le Seigneur pour toutes les victimes de ce pont qui s’est écroulé. Confions les victimes et leurs familles à l’amour de Dieu et à la solidarité humaine.

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