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  Sur le chemin de Pâques

 

Messe chrismale à Briançon

Homélie de MGR dI FALCO LEANDRI

 Homélie

Les années précédentes, c’est vous, de Briançon, qui descendiez pour la Messe chrismale, à Gap ou à Embrun. Ce soir, c’est le centre et le sud du diocèse qui vient jusqu’à vous. Certains viennent de très loin. De Veynes, de Laragne, de Saint-Bonnet, de La Saulce, de Tallard.

Oui, dans notre diocèse, lorsque nous nous réunissons pour un événement diocésain, il faut pour certains venir de loin. Même lorsqu’on choisit un lieu  plus central comme Gap, ou Embrun, ou Notre-Dame du Laus, cela reste toujours loin pour ceux de La Grave, de Névache, d’Abriès, de Saint-Véran, de Rosans.

La célébration de ce soir rassemble un bon nombre de prêtres, mais ils n’apportent chacun qu’une goutte d’eau dans l’océan des besoins une fois retournés dans leurs trop nombreuses paroisses.

Damien Bredif, notre économe diocésain, que vous entendez à l’orgue ce soir, car il est aussi organiste, pourra vous dire combien de kilomètres sont couverts par vos prêtres pour courir à droite à gauche, de clocher en clocher, de famille en famille, d’activité en activité, de réunion en réunion.

Savez-vous que certains vont jusqu’à faire l’équivalent du tour de la Terre en un an : 40.000 kilomètres ! Imaginez-vous roulant 8 heures par jour à la vitesse moyenne de 40 km/h (vitesse estimée pour nos montagnes), [NdR : partie en italique ci-dessus dite mais manquante sur la vidéo] eh bien cela fait un tiers de l’année passée au volant ! 125 jours par an : voilà le temps que passent certains prêtres sur les routes du département !

Alors oui, bien sûr, on peut prier en voiture, réciter son chapelet, écouter RCF Alpes Provence. Mais tout en reconnaissant le mérite des chauffeurs-routier, un prêtre n’est pas devenu prêtre pour faire ce métier. Le temps passé en voiture est du temps pris sur bien d’autres choses importantes. Que de fatigue lorsqu’il faut en plus préparer les homélies, les réunions, les baptêmes et les mariages, les funérailles, écouter les doléances diverses et variées, ménager les susceptibilités.

Je ne vous apprends rien en vous disant que la charge des prêtres est lourde. Voici comment déjà, il y a dix-sept siècles de cela, l’évêque saint Augustin, décrivait la sienne. Je le cite : « Il nous faut arrêter les inquiets, consoler ceux qui manquent de courage, soutenir les faibles, réfuter les contradicteurs, nous garder des astucieux, instruire les ignorants, réveiller les paresseux, repousser les contentieux, réprimer les orgueilleux, apaiser les disputeurs, aider les indigents, délivrer les opprimés, encourager les bons, tolérer les méchants, aimer tout le monde. » (Sermon 340)

Je me souviens que lors de mon ordination sacerdotale le 29 juin 1968 nous avions choisi avec les confrères ordonnés avec moi une phrase de Karl Rahner, ce prêtre jésuite allemand, écrivain et professeur de théologie, qui fut reconnu comme l’un des théologiens catholiques les plus éminents du XXe siècle. Certains nous en avaient fait le reproche et cependant j’en ai bien souvent vérifié la pertinence au cours de longues années de ministère.

La voici cette citation :

« Le prêtre est un homme, il n’est pas taillé dans un autre bois que vous. Il est votre frère. Il continue à porter le fardeau des hommes même lorsque la grâce de Dieu à travers la main de l’évêque, s’est posée sur lui.
Mais les hommes vous en veulent lorsque vous venez au nom de Dieu et que, malgré cela vous n’êtes qu’un homme.
Ils veulent des messages plus éclatants, des hommes plus convaincants, des cœurs brûlants !
Ils recevraient volontiers des hommes toujours assurés de succès qui ont réponse à tout et remède pour tout.
Terrible illusion.
Oui, être prêtre dans le peuple de Dieu, c’est déjà être ramené à son humble et fragile condition. »

Alors, je me tourne vers vous, chers frères et sœurs : vous êtes la joie de vos prêtres, vous êtes ma joie. Sachez-le, vous êtes notre joie ! Mais pour être vraiment la joie de nos cœurs, rendez fructueux notre ministère ! Ne nous laissez pas croire que nous nous usons en vain. Portez des fruits de justice, de paix, de réconciliation, et pas des fruits de médisance, de calomnie, de dispute, de mésentente. Autrement dit prenez soin de vos prêtres comme ils essaient de prendre soin de vous. Aimez-les comme ils essayent de vous aimer.

Et nous, évêques, prêtres, diacres, religieux, religieuses, de notre côté, sachons nous user pour ce qui en vaut la peine. Pas pour des peccadilles et des broutilles. Sachons discerner ce qui est essentiel et ce qui est accessoire ? Qu’est-ce qui est signifiant pour aujourd’hui, et qu’est-ce qui ne l’est plus ? N’exaspérons pas nos paroissiens. Sachons les écouter. Sachons écouter ceux qui quittent l’Église sur la pointe des pieds.

« Oui je me suis trompé, et je me trompe encore ! » a reconnu récemment le pape François devant de jeunes Belges, expliquant qu’il avait été nommé très jeune provincial des jésuites et qu’il avait fait beaucoup d’erreurs par autoritarisme. Mais il a ajouté avoir appris à dialoguer et à « écouter ce que pensent les autres ». Et l’on voit ce que cela donne aujourd’hui, pour la joie du monde entier !

Nous sommes ici dans la collégiale de Briançon. Collégiale. Collégialité. Collège.« Un collège désigne un groupe de personnes partageant une même caractéristique ». Alors je pose la question à chacun de vous. Qu’est qui nous est commun à nous tous ici ce soir ?… Bien des choses je pense. Bien des choses j’espère. Notre foi. Notre espérance, certainement mais surtout quelqu’un : le Christ. Peut-être même sommes-nous heureux ce soir de nos différences, rassemblés en un seul corps, partageant un même pain. « Nous recevrons le pain de la vie et nous formons le corps de Jésus-Christ », avons-nous chanté dans le chant d’entrée. Et c’est vrai. Mais nous avons aussi chanté « Dieu fait de nous des fils adoptifs vivant la charité d’un même cœur. » Et là, nous avons encore des progrès à faire  pour que cela se vérifie une fois dehors !

Une fois revenus dans nos presbytères et nos foyers, soyons attentifs les uns aux autres. Soyons des Simon de Cyrène les uns pour les autres. Qu’est-ce que je fais quand je sais qu’un confrère, qu’un prêtre, ne va pas bien ? Si nous ne nous aimons pas, au moins respectons-nous. Respectons-nous au-delà de nos différences et de nos différends. Nous avons-tous été appelés par le même Christ et abreuvés du même Esprit Saint.

Écouter. S’écouter soi-même. Écouter l’autre. Écouter la Parole de Dieu. Voilà l’essentiel pour nous tous ici. Sinon au lieu d’élargir l’espace de notre cœur nous le rétrécissons.« Écoute, Israël » récite chaque jour les enfants d’Israël. « Celui qui a des oreilles pour entendre, qu’il entende », dit Jésus à la fin de ses paraboles. « Écouter », « ausculter », « obéir », ces trois mots ont la même étymologie. Il s’agit de prêter l’oreille, de faire attention à soi, à l’autre, à Dieu. C’est ensemble que nous pouvons savoir ce que Dieu veut pour notre Église diocésaine.

Il est facile pour un hockeyeur à l’entraînement, seul face au but, de tirer le palet au fond du filet. Mais lors d’un match, il ne peut pas faire cavalier seul. Il doit compter sur ses coéquipiers. Il doit les voir, les écouter. Celui qui fait la passe décisive est tout aussi important que celui qui marque le but. Pour nous, c’est facile au séminaire, ou comme diacre, ou comme jeune prêtre, ou même après si on est têtu, de savoir ce qu’il faut faire pour que l’Évangile touche les cœurs. Mais à la longue on sait bien que les recettes toutes faites ne marchent pas. C’est ensemble qu’on peut emporter le match contre tous ces adversaires que sont nos propres défauts, nos journées trop remplies, le petit nombre que nous sommes, le Malin lui-même… À ce propos, peut-être que nous pourrions demander quelques leçons aux « Diables » pour savoir comment ils ont fait pour réussir. Je veux dire aux « Diables rouges »… bien sûr… Ils ne sont pas devenus champions de France pour rien !

À défaut d’un Diable rouge, laissons parler l’Évangile de ces jours saints. L’Évangile est le livre de la vie, de la mort et de la résurrection de Jésus. Il est fait pour devenir le livre de notre vie, de notre mort, de notre résurrection. Pas seulement pour chacun de nous en particulier, mais pour nous tous ensemble. Jésus est mort pour nous. On le dit. On le sait. Mais il n’est pas ressuscité pour lui seul. Il est ressuscité pour nous tous. Il est l’aîné d’une multitude de frères.

BÉNI SOIS-TU, SEIGNEUR JÉSUS,
POUR TON ÉGLISE QUI NOUS RASSEMBLE,
FAIS DE TON PEUPLE QUI TE CÉLÈBRE
UN PEUPLE DE LOUANGE, UN PEUPLE DE FRÈRES.

+ Jean-Michel di FALCO LÉANDRI
Évêque Gap et d’EMBRUN

Mot du père Bertand Gournay

après la lecture des nominations

Pour ceux qui ne seraient pas encore informés, avec l’accord de Monseigneur Jean-Michel di Falco Léandri que je remercie, j’ai répondu à la demande de l’évêque du Sahara, Mgr Claude Rault, pour me mettre au service de son immense diocèse du sud algérien. Le lieu de destination est Tamanrasset. Cette ville connue, située au cœur du peuple Touareg est celle où Charles de Foucauld a séjourné entre 1905 et 1916. Depuis 1988, je suis moi-même membre des fraternités sacerdotales de Charles de Foucauld, engagement fraternel entre prêtres diocésains, destiné à aider leur vie de prière et leur ministère.

Le désir de renouveler ma foi et ma vocation sacerdotale, de me mettre au service de l’écoute de plus pauvres par l’afflux des migrants sub-saharien m’a incité à répondre favorablement à cet appel. Je pensais terminer mon mandat de six années à Briançon avant de demander à prendre un autre chemin vers un lieu de prière et d’accueil, suivant ce que je perçois en cours de cette recherche que nous menons pour une vie pastorale diocésaine à l’écoute des évolutions des modes de vie de notre société. Cette proposition était l’une de celles qui se profilaient.

Je perçois avec lucidité que ce départ me conduit à quitter des liens avec mes amis, des confrères diacres et prêtres et à augmenter beaucoup la distance géographique avec ma famille ; des liens auxquels je reste très attaché.

Les temps ont changé. Les moyens actuels de communication n’ont plus rien à voir avec l’isolement que vivait de Foucauld ou ceux qui s’expatriaient ainsi quelques décennies auparavant. Mais le lien le plus spirituel qui traverse les époques et les transformations techniques, demeure la prière. Tamanrasset, le site montagneux et minéral de l’Assykrem, sont des lieux où celle-ci ne peut être évitée. Une autre forme de communion, plus intense, s’installera entre nous.

« Le travail est la meilleure chose qui me  soit arrivée dans ma vie  » pape François

 

 

 


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La confession du berger

 

Dans la montage, tenez, du côté de la casse des Oules, au-dessus de Cervières, il y avait un vieux berger. Tout noir, dans sa pélerine, appuyé sur sa houlette, immobile, tout seul, on aurait dit un arbre.

 

Mais Pâques approchait et comme tout un chacun, il a voulu aller à confesse. ça tombait bien, il y avait une mission cette année là.

 

- Voyons, voyons, lui dit le missionnaire, les commandements de Dieu, ,les avez-vous gardés ?

 

- Sûr que non !

 

- Comment, les commandements de Dieu, vous ne les avez pas gardés. Et les commandements de l’église ?

 

- Oh ,non plus, sûr que non !

 

- Mais vous n’avez gardé aucun commandement ! Qu’avez-vous gardé alors ?

 

- Oh, vous savez, moi je n’ai gardé que mes oules. Dans la montagne, avec l’orage, le précipice, le loup et tout le reste, j’ai bien assez de travail comme ça !

 

 

 

 
 
 
 
 

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